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MARC ALENZI Rubrique

Pourquoi Arayk Harutunyan ne doit-il pas démissionner ?


Une manifestation de contestation a été organisée le 21 juin à Stépanakert pour réclamer la démission d’Arayk Harutunyan, président de la République d’Artsakh. Sous pretexte qu’il s’était rendu au QG électoral du Parti Contrat Civil de Nikol Pashinyan et qu’il avait félicité ce dernier à l’annonce du résultat des élections, les manifestants ont scandé des slogans tels que « Traitre » ou « Dégage » sur la place de la Renaissance de Stépanakert. Sans perdre de temps, le président a organisé la réplique, le 22 juin, sur la même place de la Renaissance et a tenu un discours claire mais « oecuménique », rejetant ces accusations et expliquant les raisons de son maintien dans ses fonctions.

Queslques éléments du discours
Dans son discours, il a notamment précisé que les affaires militaires relevaient non pas de lui mais des autorités d’Erevan. Cependant, lorsqu’il y a eu besoin de réparer ou de renforcer les fortifications de la ligne de contact, il n’a pas hésité à apporter son aide financière et matérielle (pour plus de précisions sur les points importants de son discours, voir les reportages de CIVILNET et de 24News du 23 juin).

Dans la série des questions qu’il a évoquées, on peut relever les points importants suivants :
- l’Artsakh ne pourra pas rester dans le cadre de l’Azerbaidjan. De plus, il serait impensable de pouvoir exister sans l’aide, surtout économique, de l’Arménie. En conséquence, les relations avec l’Arménie constituent une donnée incontournable pour la perpétuation de l’Etat d’Artsakh.
- la sécurité, grâce aux troupes russes de maintien du cessez le feu, devrait être la priorité des priorités des autorités. C’est pour cette raison qu’il faudra que ces troupes restent plus longtemps. C’est à la suite du retour à une « certaine stabilité »(sic) de la sécurité que des Artsakhiotes, déplacés en Arménie, ont pu rentrer dans leur foyer.

Le président se retirera si son départ ne se traduit pas par l’effrondrement de l’Etat

A la tribune, le 22 juin, certains orateurs mécontents ont accusé le président d’être responsable de tout le malheur de l’Artsakh. Le maire de Hadrout l’a critiqué avec véhémance. Traiter Artak Beglaryan, ancien ombudsman de l’Artsakh et actuel directeur de cabinet du président, de « traitre » frôle l’absurde et l’ingratitude vis-à-vis de celui qui, sous les bombes de l’ennemi azéri, préparait rapport sur rapport pour avertir le monde de la répression turco-azérie contre la population civile.
Les contaestataires ont demandé la mise en place d’un comité qui organiserait de nouvelles élections. Mais personne n’a dit que certains à Stépanakert avaient organisé le transfert en Arménie de gens pour voter très probablement pour l’opposition.... Seraient-ce les partisans de Robert Kocharyan ?
Dans une allusion sous forme de reproche aux autrorités qui l’ont précédé, Arayk Harutunyan s’est interrogé pourquoi les dizaines de millier de familles ayant quitté à l’époque la sous-région de Chahoumian et de Martakert n’avaient pas été accueillies et réinstallées au Haut-Karabagh. Alors, comment se permet-on de contester son pouvoir qui n’est installé que depuis peu (élections présidentielles du printemps dernier).
On se souvient que la question de la démission du président Harutunyan avait été évoquée au lendemain de la cessation des hostilités, par certains parlementaires artsakhiotes sous l’effet d’émotion créée par la défaite ou par calculs bassement politiciens. Le président lui-même avait annoncé en décembre 2020 sa disponibilité à se retirer. Dans son discours du 22 juin, il a confirmé qu’il y était toujours prêt, à condition que son départ ne soit pas traduit dans les faits par l’effondrement des institutions, en rélité, par un vide institutionnel.

A qui profite la constestation ...?

La thèse complotiste (Tigrane Abrahamyan du Centre d’Etudes « Hénaket » sur 24News le23 juin) avance que l’actuel pouvoir à Erevan se trouverait derrière cette contestation afin de fragiliser encore plus le chef de l’Etat, pour le pousser au départ. Ainsi, dit l’analyste, ils « se débarrasseront définitivement » du Haut karabagh.
L’affaiblissement voire le départ d’Arayk Harutunyan et son remplacement par un soit-disant comité provisoire ou un homme potiche permettrait à Moscou d’avoir une autorité malléable à Stépanakert, ce qui n’est pas le cas d’Arayk Harutunyan. D’ailleurs, certains pensent que Moscou ne serait pas étranger à la résurgence de cette contestation.
Quoi qu’il en soit, il semble qu’une grande partie de la population d’Artsakh est consciente du danger qui guette le pays. Elle ne souhaite pas que le départ d’Arayk Harutunyan, dans des conditions incertaines, se traduise par la perte totale de l’autonomie relative de l’Artsakh.

Marc ALENZI

par Ara Toranian le samedi 26 juin 2021
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