ARMÉNIE

 En Arménie, un labyrinthe creusé par un homme « guidé par le Ciel » attire


Arinj (Armenia), 29 juil 2018 (AFP) - Lorsque Tossia Gharibian a demandé à
son mari de construire une cave pour y conserver leurs patates, elle était
loin d’imaginer qu’il creuserait un labyrinthe, devenu depuis l’une des
principales attractions touristiques de l’Arménie.
Un dédale de galeries, des escaliers à n’en plus finir : pendant plus de 23
ans, son mari Levon Arakelian a creusé un réseau de caves et tunnels dans la
terre ocre sous sa maison à Arinj, un petit village de 6.000 habitants près
d’Erevan.
"Une fois qu’il a commencé à creuser, il est devenu impossible de
l’arrêter", raconte sa femme à l’AFP.
Chaque jour, Levon creusait pendant plus de 18 heures, prenant juste une
pause pour une courte sieste avant de retourner en hâte dans le labyrinthe.
"Je me suis beaucoup disputée avec lui, mais il était devenu obsédé par son
objectif« , se souvient Tossia. »Il n’a jamais dessiné de plans, il nous disait souvent qu’il voyait dans
ses rêves ce qu’il devait faire ensuite", confie-t-elle, précisant que Levon
était convaincu d’être « guidé par le Ciel ».
Au total, Levon a creusé à plus de 21 mètres de profondeur un labyrinthe de
280 mètres carrés, sans machine et avec uniquement des outils manuels,
déblayant à l’aide de seaux l’équivalent de 600 camions chargés de pierres et
de terre, assure Tossia.
Si la première couche du sous-sol était composé de pierres noires en
basaltes, Levon a vite atteint des pierres en craie micacée, plus poreuses et
faciles à creuser.
En 2008, alors que les deux bouts du dernier tunnel venaient de se
rejoindre, Levon est décédé à l’âge de 67 ans d’une crise cardiaque.

- Touristes du monde entier -

Devenue veuve, Tossia a décidé de mettre en valeur l’étrange patrimoine
laissé par son mari.
Des visiteurs du monde entier se rendent à Arinj pour découvrir le
labyrinthe de Levon : certains jours, des cars remplis de touristes font le
trajet jusqu’à la maison de Tossia, seule destination touristique du village.
Guidés par Tossia dans les galeries glaciales et silencieuses, les
touristes ne cessent de pousser des exclamations admiratives en découvrant que
Levon avait poussé sa passion jusqu’à parsemer les salles de vases en terre
cuite et graver sur les murs des motifs décoratifs rappelant ceux des églises
d’Arménie.
La lueur des bougies placées sur le parcours des touristes ajoute au charme
de la visite.
"Dans ce lieu incroyable, on réalise à quel point les capacités physiques
et spirituelles d’une personne n’ont pas de limites", déclare Milad, un
touriste de 29 ans venu d’Iran.
Pour rendre hommage au travail acharné de son mari, Tossia a érigé un petit
musée en son honneur, dix ans après sa mort. Situé dans le centre du village,
il retrace la construction du labyrinthe et montre les méthodes employées par
Levon.
Tossia vend aussi des mugs, des tee-shirts et des tabliers à l’effigie de
son mari, dont l’obstination est devenu un symbole pour certains Arméniens et
touristes.
A 44 ans, la fille de Levon, Araksia, se souvient, elle, d’une enfance avec
un père passionné jour et nuit par son projet.
"Mes premiers souvenirs d’enfance, c’est le bruit sourd du marteau de mon
père provenant de la cave pendant la nuit", confie-t-elle.

par Ara Toranian le dimanche 29 juillet 2018
© armenews.com 2018


 

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