IN MEMORIAM

Décès de l’historienne Anahide Ter Minassian


Anahide Ter Minassian est décédé la nuit dernière à son domicile, à Fresnes. Elle avait 85 ans. Elle était historienne, enseignante à l’École des hautes études en sciences sociales. Elle était également maître de conférences à l’Université Paris I. Ses centres d’intérêt ont toujours été avant tout l’histoire des Arméniens et l’histoire contemporaine de l’Arménie, pré et post-soviétique.

Anahide Ter Minassian est née en 1933 à Paris, dans le quartier de Belleville et de la Place des Fêtes. Sa grand-mère, Gulizar, arménienne, vivant au sein de l’Empire ottoman, avait été enlevée et épousée de force en 1889 par le chef d’une tribu kurde voisine, à la fin du XIXe siècle. Mais à la suite de la réaction de la communauté paysanne dont elle était issue, Gulizar a obtenu, de façon exceptionnelle, de la justice turque que ce mariage forcé soit annulé et qu’elle puisse retrouver sa communauté.

Ses parents, Lévon Kévonian et Arménouhie Der-Garabédian, sont des apatrides arméniens, détenteurs d’un Passeport Nansen, et réfugiés à Belleville dans les années 19201. Sa mère, Arménouhie, musicienne et journaliste, a raconté dans un ouvrage en arménien publié en 1946 l’histoire de Gulizar. Cet ouvrage a été traduit en français en 1993, et réédité à plusieurs reprises.

Anahide Ter Minassian n’est scolarisée volontairement par ses parents qu’à l’âge de sept ans pour apprendre au préalable au sein de sa famille la langue arménienne. Elle poursuit des études d’histoire, jusque l’agrégation, sous la houlette en particulier de Henri-Irénée Marrou et côtoie durant ces études Pierre Vidal-Naquet4. Elle se marie avec Léon Ter Minassian, apatride arménien, et fils d’un ministre de la précaire République d’Arménie, Roupen Ter Minassian.

Elle est nommée professeur d’histoire et exerce durant treize années en lycée. Puis elle devient maître de conférences à l’université Paris-I. Elle anime également le séminaire sur l’histoire contemporaine des Arméniens à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Elle a publié plusieurs ouvrages consacrés à l’Arménie et au génocide arménien : La question arménienne (Editions Parenthèses, 1983), 1918-1920-La République d’Arménie (éditions Complexe, 1989 (réimpr. 2006), Histoires croisées : diaspora, Arménie, Transcaucasie (Editions Parenthèses, 1997), Smyrne, la ville oubliée ? : mémoires d’un grand port ottoman, 1830-1930 (éditions Autrement, 2006), Nos terres d’enfance, l’Arménie des souvenirs, avec Houri Varjabédian (Editions Parenthèses, 2010).

Toutes nos pensées se tournent vers ses proches et sa famille, notamment ses quatre enfants, Roupen, Aram, Vahé et Taline.

A réécouter : son intervention sur France Inter comme « témoin du vendredi », pour le 24 avril 2015.

par Claire le lundi 11 février 2019
© armenews.com 2019


 

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