DINER DU CCAF

Une soirée animée par Léa Salamé, en présence d’Emmanuel Macron


Et de 6 ! La nouvelle édition du dîner du CCAF inscrit plus que jamais ce rendez-vous comme un événement incontournable pour les politiques, les personnalités publiques et les membres des associations qui se sont réunis en nombre ce mardi 5 février 2019 à l’hôtel du collectionneur de Paris. Les discours de Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, des coprésidents du CCAF et enfin d’Emmanuel Macron ont rythmé cette soirée riche en émotions.

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«  Je suis très honorée, mais aussi très touchée d’être avec vous ce soir ; et même un petit peu intimidée car c’est la première fois que je prends la parole devant une assemblée communautaire » : Léa Salamé avait accepté d’animer cette soirée. Pour sa première présence au dîner du CCAF, la journaliste de France Inter et France Télévisions est revenue sur ses racines. «  Il se trouve qu’à Noël dernier, ma mère m’a littéralement engueulée en me disant la chose suivante :  »tu ne fais rien pour le Liban, encore moins pour l’Arménie. As-tu oublié d’où tu viens ?«  Je reconnais que ça m’a ébranlée », a-t-elle partagé pour commencer son discours, elle qui a pu voir « un petit peu de fierté dans les yeux » de sa mère quand elle lui a annoncé qu’elle allait être maîtresse de cérémonie au dîner du CCAF. Elle a expliqué à quel point il lui a fallu du temps pour comprendre que la singularité de ses origines, c’est précisément ce qui fait sa chance, comme l’ensemble des 500 convives face à elle, dont la table d’honneur composée, outre les intervenants, des instances religieuses et des deux ambassadeurs, Jonathan Lacôte et Hasmik Tolmadjian.

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La soirée a bien sûr commencé par un hommage en chansons et en images à Charles Aznavour, face notamment à son fils Nicolas. « Son regard, sa voix et son aura flottent encore dans la salle », a exprimé Léa Salamé, adoubée par l’ensemble des intervenants qui ont ensuite pris la parole. Anne Hidalgo annoncera d’ailleurs au cours de la soirée qu’une place, une statue, une plaque seront inaugurées à Paris en son souvenir ; alors que Valérie Pécresse déclarera que « le destin d’Aznavour est la réponse du destin à tous les génocides  » ; et qu’Emmanuel Macron annoncera son soutien à la tenue d’un concert hommage à Aznavour en Arménie, comme souhaité par le président Armen Sarkissian.

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Tous ont tenu à rendre hommage à trois grands noms franco-arméniens qui nous ont quitté ces derniers mois : outre le chanteur qui a eu le droit à un hommage national, ont été cité le résistant Arsène Tchakarian et le compositeur Michel Legrand - « son regard toujours animé d’un joyeux sourire, qui se voilait un peu quand il évoquait son grand-père musicien parti à 9 ans de son village pour fuir l’horreur », d’après Emmanuel Macron. « Même s’il faut aussi avoir une pensée pour ceux qui continuent à faire vivre la culture arménienne, tels que Simon Abkarian, ou Robert Guédiguian », a souligné Anne Hidalgo.

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C’est la présidente de la région Ile-de-France qui a ouvert le bal des discours officiels. De retour d’Arménie, Valérie Pécresse s’est dit émerveillée par ce qu’elle y a vu, et a parlé des projets de la région pour développer les partenariats avec le pays du Caucase. Motivée par l’idée qu’il faut agir sur la jeunesse, elle a annoncé apporter tout son « soutien plein et entier à la levée de fonds internationale qui a été engagée » pour permettre à l’UFAR (université française d’Arménie) de déménager et imaginer son nouveau campus : « Ma visite à l’UFAR m’a beaucoup marquée. Cette université francophone, franco-arménienne est un phare de la culture française dans le monde », a-t-elle déclaré, annonçant dans la foulée que la région allait financer 500 000 euros, et ce face au recteur de l’établissement présent, Jean-Marc Lavest. Elle a ajouté vouloir également mettre l’accent sur le développement d’une « métropole rurale », boostée en cela par Patrick Devedjian présent lui aussi à la table d’honneur. Avant de conclure son discours par ces mots : « La France, sans les Français d’Arménie, ne serait pas la France ».

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Anne Hidalgo, maire de Paris, a ensuite pris la parole. Elle a tout d’abord tenu à adresser une pensée toute particulière aux victimes de l’incendie du XVIe arrondissement qui avait eu lieu la nuit précédente, et féliciter les pompiers pour leur travail exceptionnel, une pensée qui sera reprise quelques dizaines de minutes plus tard par Emmanuel Macron lors de sa prise de parole - car il s’agit « d’un deuil pour la nation toute entière ». Avant que la maire ne souligne les bienfaits de la création de la branche parisienne de l’école TUMO - « Je suis heureuse de voir ces visages s’illuminer » - et ceux de la Révolution pacifique qui « ouvre une ère démocratique nouvelle, qui nous inspirera aussi ».

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Puis les deux coprésidents du CCAF, Ara Toranian et Mourad Papazian, sont montés sur l’estrade pour remettre les trois médailles du courage de l’organisation. Accompagnés par Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, ils ont récompensé tout d’abord Vincent Duclert, qui a souhaité partagé cette distinction avec les 65 chercheurs qui l’ont aidé à rendre un rapport sur les génocides il y a quelques mois. « Un travail essentiel dans un monde où les démocraties reculent, et où le négationnisme augmente », a prévenu le chercheur.

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Puis deux femmes ont été mises à l’honneur. Tout d’abord Nadia Murad, prix Nobel de la paix pour son action pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre. Si elle n’avait pu se libérer pour être présente, elle a tenu a adressé un message vidéo : « Je vous remercie pour le soutien que vous apportez aux victimes de mon peuple », a exprimé cette Yézidie. Puis Elise Boghossian, voix tremblante, a reçu également une médaille du courage, elle qui « tend la main comme on nous a tendu la main à ma famille » en 1915 avec son association EliseCare.

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Les deux coprésidents ont ensuite tenu des discours forts, interpellant le président de la République française, notamment sur la Turquie. « En cent ans hélas, si peu de choses ont changé... Loin de toute contrition, les tenants de l’Etat turc affichent leur complicité avec les assassins, en leur érigeant des mausolées ou en faisant du négationnisme d’Etat l’une des priorités de leur diplomatie. Le panturquisme continue quant à lui à faire flore jusqu’en Azerbaïdjan », a affirmé Ara Toranian ; alors que Mourad Papazian est revenu sur la présence de Recep Tayyip Erdogan à Paris le 11 novembre dernier : « Il est peu de dire que les Français d’origine arménienne ont été choqués par ce traitement de faveur alors que le génocide des Arméniens à précisément été commis à la faveur de la première guerre mondiale. Alors, oui, nous avons dénoncé cette situation au nom des valeurs qui nous ont été enseignées en France, dans l’école de la République, les valeurs des lumières ! ». Ara Toranian a également rappelé que « l’Arménie se bat pour sa sécurité, mais aussi pour les droits de l’homme dont elle représente localement l’une des rares incarnations. Le formidable bond en avant démocratique qu’elle a opéré l’année dernière avec la révolution de velours contraste en particulier avec la dérive fascisante d’Erdogan en Turquie et avec l’enracinement dictatorial de la famille Aliev en Azerbaïdjan. »

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Mais l’interpellation des deux coprésidents envers Emmanuel Macron a également concerné l’Artsakh : « La question du Haut-Karabagh n’est pas un conflit parmi d’autres où s’affrontent le droit à l’autodétermination des peuples et l’intégrité territoriale des états. On ne peut en saisir les véritables enjeux que si l’on prend en compte son contexte historique marqué par le panturquisme et le génocide des Arméniens », a expliqué Ara Toranian, s’indignant du fait que des préfets fassent des mauvais procès aux communes de Valence, Bourg-lès-Valence, Bourg-de-Péage et Saint-Étienne, au motif qu’elles ont signé des chartes d’amitié avec des municipalités de la République d’Artsakh. Mourad Papazian a ainsi lancé « un appel ce soir à tous les amis de la liberté et de la démocratie à se rendre au Karabagh pour soutenir un peuple qui, encore en 2019 est en danger. Se rendre sur place c’est donner de l’air à des populations qui en ont besoin. Se rendre sur place, c’est apporter du réconfort à des hommes, des femmes et des enfants qui veulent vivre en paix chez eux, dans le village de leur enfance, dans le pays dans lequel ils ont grandi, et dans lequel ils ont le droit de vivre libre et en sécurité. »

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Directement interpellé, Emmanuel Macron a tenu à répondre point par point dans un discours de près de 45 minutes, car « c’est un dialogue de vérité qui nous lie, et c’est ainsi qu’ensemble nous faisons profondément nation ». Il a tout d’abord tenu, fidèle à son engagement, à assurer que le 24 avril deviendra journée nationale de commémoration du génocide arménien : la France, «  dès 1915, nomma le génocide pour ce qu’il était : un crime contre l’humanité, contre la civilisation. (La France), en 2001, à l’issue d’un long combat, l’a reconnu dans la loi, et, comme je m’y étais engagé, fera dans les prochaines semaines du 24 avril une journée nationale de commémoration du génocide arménien. » Il a souligné l’importance de lutter contre le négationnisme, assurant soutenir le développement des coopérations entre les mémorial du génocide d’Erevan et de la Shoah à Paris, comme ce fut établi lors de sa venue en Arménie en octobre dernier. Le président de la République française a d’ailleurs annoncé qu’il effectuerait prochainement une visite d’Etat en Arménie. Après les élections qui ont eu lieu là-bas en octobre, Emmanuel Macron a assuré que « la France sera aux côtés de l’Arménie pour le succès de cette nouvelle page de l’histoire. »

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Puis revenant plus spécifiquement sur l’invitation envoyée à Erdogan pour qu’il soit présent le 11 novembre dernier à Paris, le chef d’Etat français a maintenu sa position : « Je mène un dialogue exigeant. (...) Refuser de parler, ce serait laisser seul Garo Paylan. Ce serait laisser seul tant et tant qui se sont battus et ont perdu la vie et qui ont besoin que ce dialogue soit là. Il ne faut pas laisser la totalité du peuple turc face à ce président ».

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Puis il a parlé de la question du conflit du Haut-Karabagh car « l’avenir de la jeunesse d’Arménie doit être un avenir de paix. » « La France jouera tout son rôle dans la présidence du groupe de Minsk, mais en respectant deux conditions : l’impartialité, et le respect du droit », a-t-il ajouté, s’intéressant plus particulièrement à la question des chartes d’amitié : sur ce sujet, il a maintenu que « le contrôle de l’égalité continuera à s’appliquer, parce qu’un peuple souverain ne se définit pas à l’aulne de l’amitié. » Sur la question des ventes d’armes, Emmanuel Macron a assuré que la France « respecte scrupuleusement ses obligations liées à l’embargo : nous ne fournissons donc pas et nous ne fourniront pas d’armes et de munitions susceptibles d’être utilisées dans des opérations armées au Haut-Karabagh. »

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Après plus de 2h sur place et un bain de foule, le président de la République est reparti, laissant les derniers convives profiter de l’ambiance joyeuse et amicale de la soirée.

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Texte et photos : Claire Barbuti

Les vidéos de l’intégralité des discours :

Léa Salamé :

Valérie Pécresse et Anne Hidalgo :

Ara Toranian, Mourad Papazian, Emmanuel Macron :

par Claire le mercredi 6 février 2019
© armenews.com 2019


 

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