Soutenez Armenews !
L’AVENIR Rubrique

Développer son propre pouvoir ou devenir « Celui qui a », par Thomas Dilan


Un verset de Saint-Mathieu semble résumer la tragique issue des six semaines de guerre, tout comme le cadeau fait par Staline à l’Azerbaïdjan en 1923, ainsi que d’autres moments de l’histoire de l’Arménie :

« À celui qui a, on donnera, et il aura encore plus ; mais à celui qui n’a pas, même le peu qu’il a, on lui prendra. »

Ce constat amer n’est pourtant en rien fatal. Et l’effondrement national qui vient de se produire peut aussi générer une révolution nationale salutaire, à savoir pour l’Arménie :

cesser une bonne fois pour toutes d’attendre de l’aide de l’extérieur, comme l’Arménie n’a cessé de le faire depuis le moyen âge. Et ne plus compter que sur son propre pouvoir, sa propre force.

D’aucuns blâment en effet le Gouvernement arménien de s’être distancié du pouvoir poutinien ? Mais l’histoire a montré que la Russie n’a jamais fait de cadeau gratuit à l’Arménie. Et si protection russe il y avait eu, cela n’aurait qu’enferré un peu plus dramatiquement l’Arménie dans cette tutelle, symptôme du mal historique de l’Arménie : l’abdication de son propre pouvoir à une puissance étrangère. « Mieux vaut sa propre loi d’action imparfaite, que la loi d’autrui parfaite » dit la Bhagavad Gîta indienne. La tutelle russe (du reste récente, à peine deux siècles) est infantilisante et castratrice pour l’Arménie et, même si elle comporte de nombreux avantages à court terme, elle ôte en fait toute perspective d’avenir heureux au peuple arménien.

La Suisse, Israël, le Luxembourg !... sont bien parvenus à tenir les grosses nations les encerclant en respect. Israël est plus petit que l’Arménie !, la Suisse guère plus grande. Mais déjà, ils sont trois fois plus peuplés. Rien là d’insurmontable pour l’Arménie. Ensuite, les machines- outils, la pharmacie et l’horlogerie de l’une, l’armement high-tech, entre autres, de l’autre, sont d’une qualité / efficacité telle, qu’ils séduisent le monde entier. Non, il n’y a pas de fatalité.

L’avenir de l’Arménie, ce ne sont plus les alliances – sauf à être équilibrées et donc saines, ce qui est rare.

D’aucuns invitent à se tourner vers la Chine ? N’est-ce pas là une illusion quand on voit comment la Chine traite ses minorités et cette inaptitude caractérisée à l’altérité ? Les sympathies arméniennes de la Chine ne sont-elles pas qu’instrumentalisation et écran de fumée pour masquer les honteuses persécutions des Ouïghours turcophones ?

Avec les Grecs, Chypre et les Kurdes, en revanche, il y a communauté de destins et des coopérations symbiotiques à examiner. Celles-là même qui ont manqué historiquement, en particulier au XIe siècle où les Seldjoukides ont profité de la division et de l’animosité arméno-grecques pour s’engouffrer dans la brèche.

L’avenir de l’Arménie, ce n’est plus le soutien de la « communauté internationale », entité vague de bons sentiments et de diplomatie du perron, dont on vient de voir l’inefficacité politique, hormis la charité. Or, l’avenir de l’Arménie, ce n’est plus la charité, l’humanitaire et la bienfaisance. Il n’y a aucun salut pour l’Arménie dans ce rôle, cette posture, qui sont indignes des grandes figures arméniennes historiques.

L’avenir de l’Arménie, ce ne sont plus les manifestations et extinctions de voix en diaspora. Tant d’énergie dépensée pour si peu de résultat.

Les relations internationales sont régies par le rapport de force.

Et l’avenir de l’Arménie, c’est son propre pouvoir.

L’Arménie a des ressources. Pas moins de moyens intellectuels qu’Israël, par exemple, et un magnifique territoire, plus grand et plus diversifié.

Même si le tourisme ne peut être que du bonus, certainement pas l’un des premiers postes du PIB.

L’Arménie a aussi une diaspora résiliente, prête à se bouger et à coopérer, on le sait.

L’Arménie a de la matière grise. Pourquoi ne pourrait-elle pas, par exemple, à 10 - 20 ans, développer une industrie d’armement high-tech ? Fabriquer des drones et/ou des anti-drones ! qu’elle vendrait à prix d’or aux éternels belligérants de la planète, et utiliserait pour sa propre défense ?

Devenir « Celui qui a ». On pourrait multiplier les exemples.

Cette perspective d’avenir appelle bien entendu un travail étendu et constant de réformes sur 10, 20 ans, et y compris en diaspora, encore si peu organisée.

L’effondrement que traverse aujourd’hui la nation arménienne mondiale peut être salutaire, pour engager une réforme plus profonde que celle qui était en cours, plus radicale et plus puissante.

Thomas DILAN

par Claire le vendredi 20 novembre 2020
© armenews.com 2020