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IN MEMORIAM Rubrique

Hommage à Vartan Arzoumanian, par Vincent Duclert


Vartan Arzoumanian n’est plus. Il est décédé le 8 octobre à l’âge de 41 ans. Il sera inhumé samedi à Marseille au milieu de toutes celles et ceux qui l’aimaient, par un jour de grande tristesse tant sa perte est immense et injuste. J’ai eu la chance de le connaître durant les deux dernières années de sa brève existence et je dois confesser que cette rencontre m’a beaucoup marqué. J’en conserve un vif et très durable souvenir, et je sais que ce souvenir ne me quittera plus comme existera éternellement l’image du beau et mélancolique visage de Vartan.
Il se savait condamné par la maladie, il s’en était ouvert sur le vieux port, lors d’un dîner tous les trois avec Astrid Artin-Loussikian un soir de septembre 2019, dans la douceur des soirs de Méditerranée où nous refaisions le monde. Où nous prenions à bras-le-corps tout ce qui restait encore à faire pour élaborer et communiquer la connaissance du génocide des Arméniens et celle de tous les génocides : car l’épreuve incommensurable subie par les Arméniens, de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, et sans compter l’entreprise négationniste de l’Etat turc, ont forgé chez les descendants et jusqu’aux plus jeunes un sens de l’humanité, une conviction de solidarité avec les autres peuples persécutés, et une recherche de justice comme de vérité qui forcent l’admiration.
Vartan était de ceux-là, il incarnait ces valeurs, il les faisait vivre avec toutes celles et ceux qu’il entrainait avec lui, avec grâce, par son intelligence et son sens de l’amitié qui était absolu, je puis aussi en témoigner. Lucide sur sa fin, il n’en était que plus déterminé à vivre, créer, et aimer. Nous avions beaucoup de projets en commun, réussir l’initiative des jardins du souvenir que portent sur Marseille, avec tant d’énergie et de talent, des professeurs, des élèves, des chefs d’établissement, des inspecteurs d’académie ; publier les précis de recherche sur les génocides à destination des enseignants ; organiser un cycle de conférences pour la 106ecommémoration du 24 avril à Marseille encore ; poursuivre l’œuvre d’ARAM à Marseille toujours.
Il avait fait de Marseille précisément une cité où les âmes étaient belles comme les livres et les songes. Son œuvre demeurera comme son merveilleux sourire, espiègle et doux. Lui que la maladie laissait sans répit, il était merveilleusement attentif aux autres. Il y avait beaucoup de grandeur en lui. On pleure aujourd’hui sa disparition.

Vincent Duclert

par Ara Toranian le samedi 17 octobre 2020
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