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MUSIQUE Rubrique

« Chanter libre et fleurir » : l’album collector des Ogres de Barback


Plus qu’un simple [double] album en concert, Chanter libre et fleurir des Ogres de Barback est un véritable objet collector : boîtier en carton sérigraphié, deux cd, et des bonus [dont une vraie surprise...]. Ce disque n’était pas prévu. Oui mais voilà, les joyeux frères et soeurs ont été empêchés de jouer « en vrai, en vivant » comme ils disent... Et ont donc eu l’idée de vous proposer d’écouter - à défaut de le voir et d’y participer - ce spectacle enregistré sur la tournée « des 25 ans » en 2019, dans son intégralité. Les Ogres y étaient accompagnés de la fanfare Eyo’nlé, de Guillaume Lopez, de Julien Barbances, de Sandrine Lagreulet et de Tarek Maaroufi. Comme une façon de maintenir un lien avec celles et ceux qui donnent du sens à toute leur démarche artistique.

Ils sont, en effet, le parfait exemple de ce qu’il est convenu d’appeler un « groupe de scène ». Non pas qu’ils dédaignent enregistrer des albums – leur prolifique production discographique en témoigne – mais parce que les frangin(e)s Burguière ont toujours estimé que leur « métier d’artisans » consiste à aller à la rencontre des gens, d’échanger avec eux à travers leur musique. Et, surtout, parce qu’ils aiment toujours autant ça, et que le plaisir qu’ils y prennent se ressent, et, donc, naturellement se transmet. C’est pour tout cela que, après avoir multiplié ces dernières années les projets partagés avec d’autres artistes, les Ogres avaient repris la route, seuls tous les quatre. Enfin presque… parce qu’ils n’ont pas pu s’empêcher de [ré]embarquer avec eux les frangins de la fanfare béninoise Eyo’nlé, mais aussi un batteur et un musicien trad’. Et avec quelque chose de différent à présenter. Pas seulement parce qu’ils arrivent bardés de nouvelles chansons [et de nouveaux copains de jeu], mais parce que cette énergie et cette envie sans cesse renouvelées depuis vingt-cinq ans, c’est notamment dans l’enchaînement des projets et la diversité des propositions artistiques faites au public qu’ils la puisent. C’est ainsi également qu’ils marquent le profond respect qu’ils portent à leur auditoire. La liste des morceaux est profondément renouvelée : les Ogres aimant à puiser dans leur dense discographie, le champ des possibles est vaste. Quoi qu’il en soit, ils défendent leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois… Voilà. Les Ogres ont, une nouvelle fois, rejoint leur terrain de jeu favori. Celui où l’on s’expose, où l’on partage, où l’on échange. Celui où ils existent pleinement. Depuis 25 ans.

25 ans ! C’est bien plus que l’âge qu’avaient Alice, Mathilde, Sam ou Fred quand ils sont devenus Ogres en 1994.
25 ans d’une histoire foncièrement singulière et profondément marquée du sceau de la liberté, à tous niveaux. Une histoire si dense en projets et riches en expériences variées qu’on ne peut ici qu’en exposer les grandes lignes.
25 ans à défendre, sans aucune concession à « l’air du temps », leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois… Et l’écriture, entre réalisme et poésie du quotidien, porte la marque des préoccupations citoyennes de gens impliqués et responsables. Sans jamais se permettre de donner des leçons.
25 ans passés sur leur terrain de jeu favori, celui où l’on s’expose, où l’on partage, où l’on échange, celui où, en tant qu’artistes, ils sont nés et où ils existent pleinement : la scène. C’est sur la route en jouant, tout le temps, partout et sous de multiples formes [près de deux mille concerts recensés…] que les Ogres ont rencontré, fidélisé et élargi ce public auquel ils n’ont de cesse de marquer leur profond respect. Notamment en variant, régulièrement, les propositions artistiques qu’ils lui font. Cette étonnante aptitude des Ogres à se réinventer sans jamais se perdre, outre qu’elle évite que la lassitude ne trouve le moindre espace où s’installer d’un côté comme de l’autre, nourrit l’inaltérable plaisir qu’ils prennent et qui se communique ainsi, tout naturellement, aux gens. Alors, même si leur production discographique est prolifique [vingt deux références, tous supports confondus !], osons l’affirmer : leur métier, c’est la scène.
25 ans à développer incessamment de nouveaux et atypiques projets, dont la rencontre semble être le maître-mot. Pour n’en citer que quelques-uns : des tournées françaises et européennes sous leurs propres chapiteaux, des livres-disques pour enfants - certifiés disques d’or - sur lesquels collaborent près de vingt groupes ou artistes, un album hommage à Pierre Perret pour lequel ils ont fondé une Tribu d’une trentaine d’artistes encore différents, de multiples spectacles singuliers accueillant invités en tout genre, des aventures communes de plusieurs saisons avec Les Hurlements d’Léo, La Fanfare du Belgistan, Eyo’nlé [collectif béninois qui les a accompagnés sur toute la tournée des 20 ans], ou encore, tout récemment, Cyrille Brotto et Guillaume Lopez, duo de musique traditionnelle occitane… Le processus est immuable : la rencontre se fait – généralement fortuite – et du plaisir pris dans l’échange, musical et humain, naît l’envie, et de l’envie le projet. Pour enrichir la palette déjà large de leur instrumentarium, pour insuffler une énergie différente, pour apprendre de l’Autre. Et, surtout, pour partager, encore et toujours.
25 ans, enfin, qui ont conforté ce qui n’était, au départ, qu’une intuition : oui, il est possible d’inscrire son projet artistique dans la durée en suivant sa propre route. En effet, rapidement, leur nécessité viscérale d’indépendance et de totale liberté leur a imposé de larguer les amarres d’un cheminement traditionnel dans lequel ils ne se retrouvaient pas. Ils ont successivement structuré l’organisation de leurs tournées, constitué une équipe dont les piliers sont là depuis le siècle dernier, se sont lancés dans l’excitante mais délicate aventure de la création d’un label, Irfan, pour produire leurs disques, ont constitué un dense réseau de distribution pour ceux-ci, puis pris en main la gestion de leurs éditions et de leur promotion. Les Ogres ont ainsi toutes leurs cartes en main. Et – c’est peut-être là la plus puissante de leurs singularités – leur histoire s’est imposée comme un parfait modèle alternatif de développement de carrière.
25 ans, c’est cinq de plus que la double décennie qui a été célébrée sur scène toute l’année 2014. Parce que, si on ne vous l’a pas raconté ici, les Ogres savent aussi faire la fête. Et plus encore, la partager !
25 ans, et maintenant ? Et bien… c’est reparti ! Pour 25 ans de mieux ?

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Album en édition limitée disponible à partir du 30 octobre
Plus d’infos : https://lesogres.com

par Claire le dimanche 25 octobre 2020
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