Soutenez Armenews !
FRANCE Rubrique

« Appel à la haine » : un extrémiste pro-Turquie jugé dans l’Ain


Décines-Charpieu (France), 15 sept 2020 (AFP) - La communauté arménienne de Décines-Charpieu, près de Lyon, n’avait jamais vu ça. Le 24 juillet, des
extrémistes pro-Turquie armés de barres de fer ont voulu attaquer ses membres
et cela a failli dégénérer : l’un d’entre eux sera jugé jeudi dans l’Ain.
Interpellé le 17 août dans ce département, où il réside, Ahmet Cetin
comparaîtra libre pour « incitation à la violence ou à la haine raciale » devant
le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse.
Les assaillants "criaient : +Où sont les Arméniens ? Où sont les Arméniens ?+
Franchement, j’ai organisé de nombreux rassemblements et manifestations, mais
là j’ai vraiment eu peur que ça tourne en bataille rangée", raconte à l’AFP
Raffi Tanzilli, président régional du Comité pour la défense de la cause
arménienne (CDCA).
Ce 24 juillet, 500 personnes, dont une poignée d’élus, avaient été réunies
par le CDCA pour protester contre « l’agression turco-azerbaïdjanaise » à la
frontière nord-arménienne, théâtre de plusieurs affrontements meurtriers cet
été.
Le choix de Décines-Charpieu, appelée « la petite Arménie », s’imposait.
Cette ville, où les réfugiés arméniens sont arrivés par centaines dans les
années 1920 pour travailler dans le textile, abrite aujourd’hui le Centre
national de la mémoire arménienne (CNMA) et le premier monument commémorant le
génocide arménien de 1915 à avoir été érigé en Europe (1972).
Sur la place abritant cette sculpture massive, le rassemblement est vite
troublé par des détonations de mortiers et les téléphones qui sonnent,
annonçant la menace - à deux rues de là - de « Loups gris », surnom des
ultranationalistes turcs.
Plusieurs témoins racontent avoir vu des militants masqués, munis de barres
à mine et d’armes blanches, mais le dispositif policier permet d’empêcher la
confrontation avec des jeunes d’origine arménienne, eux aussi prêts à en
découdre.
Quelques véhicules sont endommagées et la vitrine d’une cordonnerie
arménienne visée par des tirs de mortiers, mais la catastrophe est évitée. Au
grand soulagement des élus LR présents, tels que le sénateur Michel Forissier
ou le vice-président de la région Étienne Blanc.
 2.000 euros et une arme »-
L’affaire, largement passée sous les radars de la presse nationale, s’est
soldée par l’interpellation de quatre militants pro-Turquie. Ces derniers ne
seront pas poursuivis, regrette la communauté arménienne. Confirmation n’a pu
être obtenue du parquet.
Mais, rapidement, un des initiateurs de cette « descente » anti-arménienne
est identifié.
Natif d’Oyonnax, Ahmet Cetin, farouche partisan du président Recep Tayyip
Erdogan, multiplie depuis plusieurs mois les appels anti-kurdes et
anti-arméniens sur les réseaux sociaux, et il se filme même ce 24 juillet dans
les rues de Décines.
"On est dans leur QG (...) Il faut qu’ils assument. Là, à l’heure actuelle,
ils n’assument pas !", pérore-t-il alors.
Dans une autre vidéo, filmée le même jour par un riverain, on l’entend
donner instruction à ses camarades de « jeter (leurs) couteaux » à la vue des
forces de l’ordre.
A l’appui de la plainte du CDCA, figure notamment une vidéo récente où il
affirme en turc : "Que le gouvernement me donne 2.000 euros et une arme, et je
ferai ce qu’il y a à faire où que ce soit en France".
Un discours qui préoccupe la communauté arménienne alors que les heurts
avec les radicaux turcs sont plutôt rares en France, même lorsque des
militants arméniens manifestent devant les représentations turques chaque 24
avril pour réclamer la reconnaissance du génocide.
« On a engagé des poursuites parce qu’on est extrêmement préoccupé », confie
Jules Boyadjian, président du CDCA.
"Les +Loups gris+ prennent de nombreuses initiatives en Europe. On l’a
récemment vu en Autriche et en Allemagne. Une action décomplexée provoquée par
Erdogan, qui appelle à demi-mots des partisans à l’étranger à la
confrontation", estime M. Boyadjan, qui annonce à l’AFP avoir demandé la
dissolution de ce groupe au ministère de l’Intérieur.
Ex-candidat aux élections législatives 2017 dans l’Ain sous l’étiquette du
Parti égalité et justice proche d’Erdogan, M. Cetin a été condamné en 2018 à
trois ans d’inéligibilité par le Conseil constitutionnel pour ne pas avoir
déposé de comptes de campagne.
A Bourg-en-Bresse, il risque cette fois un an de prison ferme.

Alexandre GROSBOIS

par Ara Toranian le mercredi 16 septembre 2020
© armenews.com 2020