RAFFI KALFAYAN

La sagesse , la modération et la stratégie inclusive de Pashinyan ont gagné


Nous avons tous assisté en direct aux débats de l’Assemblée Nationale Arménienne le mardi 1er mai. Ce fut un spectacle policé, à quelques exceptions près, démocratique, public, et qui a mis en évidence l’incapacité des députés du Parti Républicain à trouver des arguments convaincants pour justifier de leur position de rejet de Nikol Pashinyan.

Celui-ci, seul, épuisé par 30 jours de marche, de tension permanente, de présence sur tous les fronts, a su faire face : il a répondu calmement, poliment, avec compétence et sagesse aux questions, aux supputations, et aux attaques personnelles.

Les marionnettes du parti Républicain (RPA) ont exécuté la mission qui leur a été confiée, à l’exception d’un député qui a voté selon sa conscience. Ceux qui ont instruit ce scénario et tiennent les fils, n’étaient pas présents dans l’enceinte du Parlement. Comme à leur habitude ils avancent et instruisent masqués. Ces hommes qui constituent l’ossature du système mis en place par Robert Kotcharian, repris par Serge Sarkissian, sont acculés. Ils ont tout à perdre dans la révolution qui est en marche. Ils affichent le plus total mépris pour l’avenir de leur peuple et du pays. Ils n’hésiteront pas à user de tous les stratagèmes pour rester au pouvoir, y compris les plus menaçants pour l’Arménie, comme certains députés du RPA le laissaient entendre : les tanks azéris seraient dans l’attente aux frontières.

Il était cocasse d’entendre dans la bouche de certains que la loi doit être respectée. S’il y a bien un domaine dans lequel le RPA n’a pas de leçon à donner, c’est bien celui-là : l’indépendance judiciaire n’existe pas en Arménie et l’État de droit institué est celui servant l’intérêt des clans et non pas celui du peuple et des citoyens.

Certains députés ont fait valoir qu’ils représentaient la majorité parlementaire, élue de manière légale, donc légitime. Que les manifestants dans la rue depuis deux semaines seraient minoritaires alors que le reste de la population soutiendrait le RPA. Que le RPA lance un appel à la population pour manifester le soutien à leur parti ! Nous serions ainsi fixés sur leurs soutiens.

Les dirigeants de ce pays craignent de devoir rendre des comptes devant la justice. C’est bien cela qui était en jeu hier, et non pas le prétendu manque d’expérience de Nikol Pashinyan dans l’exercice du gouvernement.

La situation de blocage constitutionnel met en relief l’importance du vote libre, auquel tant d’Arméniens ont renoncé faute d’espoir dans un changement de régime et dans le renouvellement des hommes politiques, ou bien tout simplement par nécessité économique.
Le résultat du vote au Parlement hier soir est cruel car la population, à qui Nikol Pashinyan a redonné le sourire et l’espoir, est consciente qu’il est la résultante de leur choix de vendre leur vote en 2017.

Le RPA a définitivement perdu la bataille politique et morale. L’échéance de leur départ n’en est que retardée mais elle est certaine. Le retard pris dans la nomination du gouvernement provisoire pourrait précisément créer des conditions propices à une attaque extérieure. Ce parti et ses députés en seraient tenus comptables devant la nation.

La situation nouvelle créée par Nikol Pashiniyan (42 ans) et le mouvement « en marche » suscite non seulement des espoirs dans la population arménienne, mais a aussi réveillé certaines composantes de la diaspora, qui, soit frustrées, soit déçues dans le passé, attendent cette transformation pour se projeter et se réinvestir dans l’avenir de ce pays.
Nikol Pashinyan a de toute évidence une stratégie inclusive de toutes les composantes pan-arméniennes, alors que Serge Sarkissian et le RPA ont eu une stratégie exclusive, ayant pour seuls objectifs la promotion et la défense des intérêts personnels de ses membres.
Il est maintenant temps pour les organisations et institutions arméniennes de France de prendre ses responsabilités.

Je lance un appel solennel à tous les membres de la communauté et à toutes les organisations pour déclarer de manière publique la cessation temporaire de vos activités avec l’Arménie ou de toute assistance apportée aux autorités gouvernementales arméniennes sur le territoire français. Cela vaut aussi pour le Fonds Arménien de France. La justification a toujours été que ces aides étaient destinées au peuple, à l’avenir de ce pays et non pas au gouvernement et au régime. Il est temps de le prouver.

Philippe Raffi Kalfayan<BR>
2 mai 2018 - 14h00

par Ara Toranian le dimanche 8 juillet 2018
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