EDUCATION

Vincent Duclert a remis le rapport sur les génocides aux ministres


Au sein du prestigieux Collège de France, Vincent Duclert a remis officiellement le 4 décembre 2018, aux ministres de l’Education nationale et de la Jeunesse Jean-Michel Blanquer ainsi que de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal, le rapport sur la mission d’étude sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse. Un travail de longue haleine qui a réuni 65 chercheurs de 14 nationalités, lancé lors du colloque à la Sorbonne pour le Centenaire du génocide des Arméniens.

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C’est l’aboutissement d’un long travail mené sous la direction de l’historien Vincent Duclert. La Mission d’étude sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse, annoncée en 2015 et instituée en 2016, invite l’État à prendre conscience des avancées de la recherche française. Les chercheurs souhaitent la rendre plus visible sur la scène internationale, notamment par la création, en France, d’un Centre international de ressources pour les génocides, les crimes de masse, les violences extrêmes et les esclavages (Cire) - « en résumé une grande institution nationale à vocation internationale », a expliqué Vincent Duclert. Outre ce dernier, ont pris la parole devant des dizaines de personnes deux membres de la mission chargée de chercher au CNRS, Anouche Kunth et Hélène Dumas ; David de Rothschild, président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ; Nada Al-Nashiv, sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines ; Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse ; et enfin Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

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« Le Rapport de la Mission d’étude en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse vous est remis au Collège de France dont on connaît l’action en faveur des universitaires persécutés, ici dans un amphithéâtre (Maurice Halbwachs NDLR) qui porte le nom d’un grand savant des sciences sociales, juif et dreyfusard, mort au camp de Buchenwald, assassiné par les génocidaires nazis et resté jusqu’à la fin ce « militant de l’universel » dont a parlé Pierre Bourdieu », a tout d’abord déclaré Vincent Duclert, saluant l’unité nationale politique qui s’est formé autour du projet.

Il a ensuite mis en avant «  le bilan de l’enseignement s’est révélé positif, d’abord parce que les programmes scolaires font une large et légitime place au génocide des Juifs d’Europe, ont intégré le génocide des Arméniens, le feront pour le génocide des Tutsi, ensuite parce que les pédagogies visent à enseigner les composantes de la persécution, de l’assignation et de l’extermination, aussi bien que sont pensés dans les classes les dispositifs de résistance, de survie et de témoignage ».

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Ce travail qui va faire référence n’est probablement que le début d’une réflexion plus poussée, « parce qu’il n’était pas possible de constater sans construire et que la saisine ministérielle comportait une ardente obligation d’initiatives, la Mission a conduit aussi un programme de recherche d’envergure, en témoignent les imposants volumes annexes de contributions largement inédites, matière de futurs ouvrages ».

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Le ministre Jean-Michel Blanquer a souligné l’importance de ce rapport qui fera « référence ». Or, a-t-il rappelé, « il n’existe pas d’enseignement sans recherche  », nécessaire pour rester fidèle à l’esprit des Lumières. Il a annoncé qu’il allait demander au Conseil supérieur d’en tenir compte lorsqu’il pensera les programmes des classes de terminales.

Fustigeant le négationnisme, il a affirmé : « Nous devons la vérité historique aux victimes, à leurs descendants, mais aussi à toute la société, à notre humanité ». Cette Mission a ainsi permis de faire du crime de masse un sujet de recherche, « un sujet social total qui doit unir », et questionner les ressors de la violence extrême.

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Anouche Kunth a ensuite pris la parole. La chercheuse au CNRS a commencé son discours fort ainsi : « Pour qui travaille sur les crimes de génocide, la perspective de se retrouver un jour orphelin du dernier témoin, ne convoque pas seulement un sentiment d’urgence, elle ravive encore le spectre de l’irréparable. En lisant le Rapport de la Mission, il est manifeste que cette hantise a constitué un point de fuite à l’horizon de nos travaux, et qu’il nous a fallu réfléchir en profondeur à ce qu’implique, tant pour la recherche que pour la mission éducative, un présent sans témoin. » S’appuyant plus particulièrement sur le cas du génocide des Arméniens qu’elle étudie, elle a pointé le paradoxe « que ce crime a pris place dans l’architecture du savoir académique alors même que s’éteignait la génération des survivants ».

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« Les Arméniens de l’ancien Empire ottoman nous ont appris qu’être évincé du concert des nations, c’est être aussi — et concomitamment — exclu de l’Histoire », a regretté Anouche Kunth, précisant donc l’importance de la Mission : « La Mission Génocides n’a pas été sans méditer les leçons que nous adresse la faillite des Puissances au lendemain de la Première Guerre mondiale : l’une d’elles met au jour l’articulation entre le renoncement, par le politique, à qualifier juridiquement un crime d’État, et l’effondrement des possibilités même d’élaboration d’un savoir partagé. Au lieu de quoi, ce fut un legs obscur, guidant par des voies souterraines de nouvelles intentions meurtrières. »

Avant de conclure sur la figure du témoin : « La disparition en septembre dernier de Marceline Loridan — matricule 78.750 à Birkenau —, la résistance des rescapés tutsi dont la présence sur les collines du Rwanda demeure si fragile, suspendue aux regards souvent hostiles du voisinage, les persécutions qui s’allument encore sous nos yeux et les voix que l’on ne parvient pas à entendre : tout ceci convoque les chercheurs à parcourir intensément l’univers de la mort de masse, pour dresser, par leur travail, des sentinelles du savoir aux côtés des jeunes générations. »

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C’est ensuite sa collègue, Hélène Dumas, qui s’est exprimée, en commençant son discours par revenir sur le cas du génocide rwandais. Elle a rappelé la terrible citation de François Mitterrand, quelques mois seulement après l’arrêt des massacres, le 8 novembre 1994 : « On ne peut demander l’impossible à la communauté internationale, et encore moins à la France (…) lorsque des chefs locaux décident délibérément (…) de régler des comptes à la machette ». Or, 25 ans après, « ces lectures simplistes trouvent encore un écho. Le 25 octobre dernier, sous la plume d’une journaliste d’un grand hebdomadaire national, bourreaux et victimes se trouvaient inversés. Imagine-t-on un instant le scandale qu’aurait soulevé la lecture d’assertions comme « le génocide des Ottomans par les Arméniens » ou « celui des nazis par les Juifs » ? »

D’où la nécessité de l’existence de la Mission Génocides : « Hélas, l’ignorance, reflet de l’indifférence, n’est pas le triste privilège du génocide des Tutsi, et je pense ici au Cambodge. Or, l’un des immenses mérites de la Mission fut de soumettre à la réflexion collective // en les plaçant à égale dignité // plusieurs expériences diverses de massacres de masse et d’esclavage pour lesquelles l’effort de connaissance est loin d’être achevé », a déclaré Hélène Dumas.

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Deux personnalités ont ensuite été invité à prendre la parole. Tout d’abord David de Rothschild, président de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qui a rappelé qu’il ne pouvait y avoir de travail de mémoire sans connaissance historique. Or, « c’est plus que jamais nécessaire » car le négationnisme pullule toujours - en Iran, en Turquie - et prospère sur le territoire numérique.

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Puis Nada Al-Nashiv, sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines et représentant Audrey Azoulay pour l’Unesco, a également souligné l’importance du rapport, qui « rejoint notre conviction commune » avec l’Unesco, celle de l’éducation.

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Enfin, c’est la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal qui a pris la parole, fustigeant d’emblée le négationnisme, notamment de la part de la Turquie.

«  Je tiens à féliciter toute l’équipe de chercheurs, car le rapport reflète l’excellence telle que je la conçois : ambitieuse, plurielle, collective et féconde », a déclaré la ministre, affirmant que « l’aventure scientifique et sociétale ne s’arrête pas aujourd’hui  », voire même ne fait que commencer car « une équipe qui gagne a rarement envie de se séparer », mettant en avant la création à venir du Centre international de ressources pour les génocides, les crimes de masse, les violences extrêmes et les esclavages. 400 000 € seront alloués à la mise en place du soutien aux archives, avec leur approche numérique : « Le gouvernement a été là pour susciter cette recherche, il sera là pour le soutenir. »

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Texte et photos : Claire Barbuti

par Claire le mercredi 5 décembre 2018
© armenews.com 2018


 

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