AFFAIRE MARILOSSIAN

« Il lui appartient de tirer les conséquences », selon Guillaume Kasbarian, député d’Eure-et-Loire


Réponse de Guillaume Kasbarian, député du Val-de-Marne et membre du Groupe d’amitié France-Arménie à une question d’armenews.com sur l’affaire Marilossian.

Nouvelles d’Arménie Magazine : La présence de Jacques Marilossian président du groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale à la fête nationale de la République de Turquie et son affichage à coté de M. Ismaïl Hakki Musa, a provoqué une vague d’émotion et de protestation sans précédent parmi les Français d’origine arménienne. Le CCAF a notamment demandé sa démission. Pensez-vous que dans cette situation, M. Marilossian dispose de l’autorité et de la légitimité nécessaire pour continuer à présider le groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale ?

Guillaume Kasbarian : Mon collègue, le député Jacques Marilossian, Président du groupe d’amitié France-Arménie à l’Assemblée nationale, s’est rendu à l’ambassade de Turquie pour une réception à l’occasion de la fête nationale de la République de Turquie et s’est affiché avec l’ambassadeur Ismail Hakki Musa, ancien directeur adjoint du MIT, le service de renseignement turc.

Cette présence médiatisée a provoqué une vague d’émotion et de protestations parmi les Français d’origine arménienne. Je comprends et partage cette émotion légitime. En tant qu’arrière-petit-fils d’orphelins, survivants du génocide des Arméniens. Et surtout en tant que représentant de la Nation, de la France, farouchement engagée contre le négationnisme. Je n’approuve pas la démarche de mon collègue.

L’Etat turc, dirigé par Recep Tayyip Erdogan, est bel et bien un Etat négationniste au regard du génocide des Arméniens, perpétré durant la Grande Guerre et reconnu par les parlements de 29 pays dont la France. C’est cet Etat Turc qui continue d’opprimer ses minorités, notamment les Kurdes. C’est cet Etat Turc qui compte plus de 50.000 prisonniers politiques. C’est cet Etat Turc qui a licencié plus de 100.000 fonctionnaires pour délit d’opinion.

Ne soyons pas naïfs. Cette politique ouvertement nationaliste et islamiste dépasse largement les frontières de la Turquie. Depuis le début de mon mandat, combien de fois ai-je déjà signalé et dénoncé publiquement les actions d’associations turques islamistes et négationnistes sur notre propre territoire national, notamment à Dreux et à Evreux ?

Dans ce contexte, il est important de dialoguer, mais avec la société civile turque. Beaucoup de turcs, universitaires, journalistes, intellectuels, défendent les libertés fondamentales dans leur pays, dont la liberté de dire la vérité sur la réalité du génocide arménien. Leur combat est aux antipodes de l’idéologie de leurs dirigeants. Ils le payent encore aujourd’hui au prix fort. Au détriment de leur liberté. Au péril de leur vie.

Conscient de l’émotion suscitée, Jacques Marilossian s’est depuis expliqué en exprimant ses regrets et ses excuses à tous ceux qui ont pu être choqués. Il lui appartient à présent d’en tirer les conséquences quant à la Présidence du groupe d’amitié France-Arménie.

Le travail qui attend le groupe d’amitié n’est pas mince. Il ne se joue pas dans des salons feutrés mais sur le terrain. Humblement. En concertation étroite et indispensable avec les associations, qui œuvrent au quotidien depuis des décennies et méritent tout notre respect. Pour prévenir et sanctionner les propos négationnistes dans notre pays. Pour dénoncer les Etats qui perpétuent la négation du génocide. Pour renforcer l’amitié, la coopération éducative, culturelle et économique entre la France et l’Arménie. Pour accompagner et soutenir la jeunesse arménienne dans la transformation de son pays.

par Ara Toranian le mercredi 7 novembre 2018
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