MANOUG ATAMIAN

Les Armistices de 1918 et nous (2)


Dans l’une de ses œuvres intitulée « Syllogismes de l’amertume », le philosophe et moraliste franco-roumain Emil Cioran a conçu cet aphorisme au contenu quelque peu énigmatique, mais dont on devine la tragique signification et qui peut à juste titre s’appliquer à la Question arménienne et aux Turcs :

« L’heure du crime ne sonne pas en même temps pour tous les peuples. Ainsi s’explique la permanence de l’Histoire. »

En octobre 1918, après la reddition de la Bulgarie, les jeux sont faits pour le gouvernement des Jeunes-Turcs. Après un dernier effort qui a mené pendant l’été leur « Armée de l’islam » jusqu’à Bakou, ce qui une fois de plus, leur donnera l’occasion de massacrer quelques dizaines de milliers d’Arméniens de la ville, le temps du reflux et de la défaite est venu.

Pourtant, c’est avec conviction qu’ils s’étaient acoquinés avec le Kaiser Guillaume en entrant en guerre à ses côtés dès novembre 1914, (1) avec la comédie des deux cuirassés Goeben et Breslau poursuivis par la Flotte britannique et se réfugiant dans la mer de Marmara, puis réapparaissant dans la mer Noire avec des pavillons turcs et des fez sur la tête, pour aller bombarder plusieurs ports russes dont Odessa et ainsi provoquer l’entrée en guerre de l’Empire ottoman contre le Tsar et ses alliés anglais et français, qu’on appelait l’Entente. Car, depuis leur cuisante défaite de 1912, qui plus est de la part de leurs anciens peuples « soumis » et qui les ont chassés de leurs territoires balkaniques et donc européens, les dirigeants Jeunes-Turcs sont en rage, et surtout Enver, nommé ministre de la Guerre et qui hurle à qui veut l’entendre : « Vengeance ! » (2) Le déclenchement du conflit leur donnera donc l’occasion de jouer leur va-tout en s’alliant avec cette Allemagne associée à l’Autriche-Hongrie (lequel Etat, comme on le sait, suite à l’attentat de Sarajevo où périt l’héritier du trône, en déclarant le 23 juillet la guerre à la Serbie, entraîna la déflagration générale), Allemagne dont l’armée, constamment victorieuse depuis la Bataille de Leipzig en 1913 dont le Kaiser venait de commémorer le centenaire, était considérée comme la plus puissante de l’Europe. C’est d’ailleurs un membre de son état-major, le général Liman Von Sanders, qui était en train de réorganiser celle de la Turquie et c’est Guillaume II qui l’avait choisi, lui le monarque luthérien « très croyant » (selon l’historien Gust) qui s’était néanmoins déclaré « l’ami des 300 millions de musulmans du Monde » et pour arrière-pensée sa politique impérialiste du « Drang nach Osten ». (3)

Les objectifs des Jeunes-Turcs sont doubles, et c’est là que la première phrase de l’aphorisme de Cioran prend tout son sens : d’une part, compenser leurs pertes de territoroires en Europe par des conquêtes à l’Est, d’abord en s’emparant des régions caucasiennes avec l’appui des musulmans locaux et en éliminant les populations supposées hostiles, essentiellement les Arméniens, voire les Géorgiens en tant que peuples « guiavour », puis traverser la mer Caspienne et s’emparer du Turkestan russe dont ils sont originaires, autrement dit réaliser leur rêve pantouranien. Et d’autre part, profiter de l’état de guerre pour exterminer les chrétiens d’Asie mineure, et en premier lieu les Arméniens ottomans qui venaient d’obtenir en février 1914, grâce à l’intervention diplomatique des trois Puissances de la future Entente, un statut protecteur pour l’Arménie turque, avec la nomination de deux inspecteurs généraux européens. On connait la suite, avec « l’ingénierie ethnique » chère à Fuad Dundar, autrement dit, la mise en application du génocide déjà « dans les plans » pour « résoudre définitivement la Question arménienne » ainsi que le massacre des Assyro-Chaldéens dans la foulée, puis « s’occuper » des Grecs d’Anatolie, dont plusieurs centaines de milliers habitant les régions côtières de la mer Egée avaient déjà été attaqués puis expulsés de leurs foyers dès juin 1914, donc à la veille du déclenchement du conflit mondial, par des méthodes d’une brutalité comparable à celles pratiquées pendant le règne d’Abdul Hamid. (4)

Et après la tourmente des années 1915 et 1916, puis le « lâchage » des Arméniens survivants par la France et la Grande Bretagne en dépit de leurs belles promesses, et surtout celles concernant la Cilicie d’y constituer « un foyer national arménien », puis le traité de Lausanne (« dans lequel l’Histoire cherchera en vain le mot d’Arménie » écrivit Churchill dans ses mémoires concernant « The World War One ») qui accordera l’amnistie - et donc l’absolution - pour tous les crimes perpétrés de 1914 à 1923, restait le cas des rescapés du génocide, réfugiés en premier lieu en Syrie et au Liban, puis pour une partie d’entre eux, émigrés en France et dans les Amériques.

Mais il y a une catégorie d’Arméniens dont le sort fut bien différent de celui des rescapés. Ce sont ceux que je dénomme : « Les exemptés de génocide », soit parce que nés dans la capitale ottomane (ainsi qu’à Smyrne, grâce à l’intervention, parait-il, du général Von Sanders), soit par nécessité locale, comme par exemple le besoin indispensable de tel ou tel artisan, ou même par bienveillance vis-à-vis d’une personnalité et de sa famille. Je suis moi-même issu de parents appartenant à cette catégorie d’exemptés de génocide, mais dans des conditions bien différentes. En effet, ma mère, bien qu’originaire de la ville d’Aguen (ou Akn) du côté paternel et maternel, mais étant née à Bolis en 1913, a été de ce fait épargnée ainsi que toute sa famille (à l’exception de son oncle, le poète Siamanto, qui subira le sort de ceux du 24 Avril pour les raisons que l’on connait). Et vous pouvez voir ci-dessous le document d’état-civil en turc ottoman daté de 1917 (avec sa traduction ultérieure en français) établissant son identité. Par conséquent, en 1917, avec cette année-là Talaat Pacha promu Grand vizir, on avait en toute légalité le droit de vivre dans la capitale de l’Empire en tant qu’Arménienne ! Et ce, en contradiction avec l’un des sinistres télégrammes secrets de 1915 du même Talaat, à l’époque ministre de l’Intérieur et commençant par ces mots : « Le droit des Arméniens de vivre et de travailler sur le territoire de la Turquie est totalement aboli ». Mais en 1917, l’essentiel du plan d’extermination avait été accompli « avec succès » durant les deux années précédentes et surtout dans son objectif de supprimer la présence des Arméniens sur leurs terres ancestrales…

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Tandis que du côté de mon père Krikor, né à Sis en 1904, l’ancienne capitale arménienne et siège du Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, c’est avec stupéfaction que j’ai appris en ce qui le concerne, et seulement à la fin de sa vie lors d’une conversation avec autrui, que son grand-père maternel Manoug Agha Bekmezian, notable de la ville et propriétaire de milliers d’amandiers, avait trouvé langage avec Djemal Pacha, l’un des futurs membres du triumvirat de 1913, mais auparavant nommé Vali (préfet) d’Adana suite aux massacres de 1909. C’est donc sur son instruction que toute la famille put demeurer dans sa ville, et lorsque les survivants de déportation retournèrent à Sis et qu’ils ressassèrent tout ce qu’ils avaient enduré, mon père témoigne qu’au bout de quelque temps, les siens dirent aux plaignants : « ça suffit, vos histoires ! », car pour celui qui ne l’a pas vécu, le récit détaillé du malheur des autres devient bientôt insupportable. Le député de Sis au Parlement ottoman Matteos Nalbandian attendra lui aussi tranquillement la fin de la guerre dans son domaine, et lorsque l’archimandrite Krikoris Balakian, le futur archevêque de Marseille et surtout l’auteur du célèbre « Hay Koghkotha » (en français « le Golgotha arménien ») qui fit partie de ceux du 24 Avril exilés à Tchankiri et prit tardivement en 1916 la route de la déportation, après avoir traversé la ville arménienne de Hadjin incendiée suite à l’expulsion de ses habitants, arriva à Sis dans un triste état et alla quémander au riche député une aide financière pour sa survie, en lui assurant que le Patriarcat arménien de Bolis ne manquerait pas de le rembourser. Mais celui-ci resta de marbre et toute honte bue, la lui refusa. (5)

Quoiqu’il en soit, pour nous les descendants « des restes de l’épée », comme se plaisent à dire les descendants des assassins, que l’on soit issu de rescapés ou d’exemptés de génocide, cela ne change guère le poids de l’héritage tragique, qui se transmet de génération en génération et ce pendant environ 150 ans, comme l’a fait observer fort à propos une historienne polonaise dans son ouvrage sur Katyn. En effet, après un siècle et demi, nos arrières petits-enfants pourront apprendre ce qui s’est passé sans se sentir personnellement concerné et sans douleur, car il ne s’agira plus de la mort de leurs grands-parents mais celle d’ancêtres, et cette histoire, si terrible qu’elle soit, retombera dans l’Histoire.

Pour en venir à la conduite de la guerre du côté des Turcs, on peut constater que tous leurs plans offensifs ont échoué, mis à part la prise de Bakou citée plus haut, mais trop tardive pour permettre à temps l’approvisionnement en pétrole des Puissances Centrales. (dans ses mémoires, Ludendorff évoque le rôle important qu’ont joué les Arméniens en retardant cette conquête, depuis les batailles de mai 1918 en Arménie bientôt indépendante, jusqu’aux combats pour s’opposer à l’irruption des troupes turques dans « la Ville noire », d’où les terribles représailles à leur encontre dont j’ai parlé plus haut). Les offensives de janvier 1915, celle de Djemal pour prendre le canal de Suez et celle d’Enver pour conquérir la Transcaucasie, ont rapidement tourné à la catastrophe, surtout dans le cas d’Enver à la Bataille de Sarikamish, où fut anéantie dans les neiges toute son armée. Les Turcs ne connurent que des succès défensifs, comme celui de la Bataille des Dardanelles en empêchant la prise de la capitale, et comme je pense l’avoir démontré dans mon article publié exactement un siècle après « le 18 mars 1915, la dernière chance » concernant l’échec de l’attaque navale franco-anglaise, car menée par un commandement manquant de détermination, c’est ce « succès turc » inespéré qui incita le gouvernement « ittihadiste » revigoré à déclencher la mise en application de son projet criminel dès la fin mars. A l’inverse, dans le cas de la prise de Constantinople, la désorganisation de l’Etat turc qui s’en serait suivie aurait enrayé la complexe organisation du génocide.

Les Turcs durent aussi subir en 1916 la perte d’une bonne partie de l’Arménie ottomane avec Erzeroum et Van, qu’ils ne récupérèrent qu’à la faveur de la révolution bolchévique. (6) Finalement, suite à l’avancée irrésistible des Britanniques depuis l’Egypte jusqu’à Alep (sans oublier la participation de la Légion arménienne qui joua un rôle décisif en Palestine à la Bataille d’Arara), et un mois après la reddition de la Bulgarie, ils se résignèrent à reconnaître à leur tour leur défaite et à en payer le prix, y compris celui de l’extermination des Arméniens, ne doutant pas que les Alliés leur en présenteraient la note. Après la démission des ministres Jeunes-Turcs, dont les principaux dirigeants, parmi lesquels Talaat, s’enfuirent à bord de sous-marins allemands, un nouveau gouvernement envoya une délégation devant le port de Moudros de l’île de Lemnos (et non pas dans la soit-disante « île de Moudros », comme on peut le lire dans certains des ouvrages les plus sérieux sur le sujet.)

Le 30 octobre 1918, c’est l’amiral Calthrope, commandant la Flotte britannique en Méditerranée, qui accueillit sur l’Agamemnon, son vaisseau ancré devant Moudros, la délégation turque dirigée par Raouf Bey, nouveau ministre de la Marine, accompagné de Rechad Hikmet Bey, Sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères er du Lieutenant-Colonel Saadullah Bey, membre de l’Etat-major turc. (7) (le Premier ministre Lloyd George refusa aux autres alliés et surtout aux Français, de participer aux négociations, arguant du fait que les Britanniques avaient mené le combat quasiment seuls face aux Turcs, et aussi « pour rendre la pareille » à la France qui les avaient écartés de la signature de l’armistice de Salonique avec la Bulgarie un mois plus tôt ! )

Les clauses de l’armistice de Moudros concernent directement et à plusieurs reprises les Arméniens : après l’accord sur l’occupation des tristement célèbres Dardanelles et du Bosphore par la Flotte alliée etc., l’article 4 édicte que « Tous les prisonniers de guerre alliés et tous les internés et prisonniers arméniens seront rassemblés à Constantinople et remis aux Alliés sans condition ». L’article 5 ordonne la démobilisation immédiate de l’armée turque (qui ne sera malheureusement pas effective et permettra à Mustapha Kemal de « rebattre les cartes » avec succès, ce que les Allemands ne pourront commencer à faire qu’en 1933 avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir.) Dans l’article 11, il est prévu « le retrait des troupes turques du nord-ouest de la Perse et d’une partie de la Transcaucasie » y compris Bakou. L’article 24 précise que : « Dans le cas où des désordres se produiraient dans les six vilayets arméniens, les Alliés se réservent le droit d’occuper toute portion des dits vilayets. » (un vœu pieux d’intervention sur ce Plateau arménien, qu’un journal turc de 1919, dans le but de tourner en dérision les revendications arméniennes, dénommera « la République des morts ».) (8)

Et finalement, l’article 25 stipulait que les hostilités seront cessées à compter du jeudi 31 octobre, à midi heure locale. Le 13 novembre, 54 navires des Alliés et un cuirassé grec entrèrent dans le Bosphore et mouillèrent devant la belle Constantinople tant désirée…

Permettez-moi de clore cet article avec la photographie de Shamiram Sevag, que j’ai prise sur la Place de la République à Erevan à l’occasion de son 90e anniversaire fêté dans la Maison des écrivains. Née elle aussi à Constantinople, mais en juillet 1914 et par conséquent juste à la veille de la Guerre mondiale, de Yani, l’admirable et belle épouse allemande de Roupen Sevag, qu’il avait rencontrée lors de ses études de médecine à Lausanne (et laquelle, en 1915, suite au refus de l’ambassadeur du Kaiser à Constantinople de l’aider à sauver son mari déporté, quitta la Turquie avec ses deux enfants en jurant de ne jamais leur apprendre l’allemand et se réfugia en France) Shamiram était la dernière descendante directe de l’un des génies poétiques arméniens du début du XXe siècle et dont on a voulu – à jamais – effacer la voix. En juillet 2014, nous étions nombreux à Nice pour fêter ses 100 ans. Elle a disparu deux ans plus tard, sans que son vœu le plus cher ne se réalise : voir de son vivant la Turquie reconnaître son crime. (9)

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Manoug ATAMIAN

(1) Et quelques jours plus tard, en proclamant le Djihad, autrement dit la Guerre sainte par la voix du « Cheikh-ul-islam », la plus haute autorité religieuse du monde musulman. En réalité, les dirigeants Jeunes-Turcs étaient en général incroyants et souvent affiliés à la Franc-maçonnerie (comme de nombreux responsables arméniens d’ailleurs, tel son « ami » Zohrab) et non pas juifs ou deunmés - à l’exception de Djavid bey, ministre de la Poste - selon une « fakenews » entretenue par les antisémites mélangeant comme d’habitude, comme les complotistes, le vrai et le faux pour se convaincre eux-mêmes puis convaincre les autres. C’est d’ailleurs Talaat en personne qui est parvenu au plus haut niveau de la F.M. de son pays (voir le dictionnaire de la Franc-maçonnerie). Quant au recours au Djihad, il a été décidé avec l’assentiment enthousiaste, voire sur incitation de l’Allemagne qui espérait ainsi provoquer l’insurrection des masses musulmanes de colonies britanniques et françaises, mais à part quelques exceptions rapidement avortées, il n’en a rien été. (lire le passionnant ouvrage de Jean-Yves Le Naour : DJIHAD 1914 – 1918 (Editions Perrin 2017) avec dès le début du livre, de nombreuses données concernant les Arméniens, car in fine, ce sont ceux qui seront les plus visés par cette proclamation, puisqu’à la merci de leur propre Etat, comme l’explique très clairement Frantz Werfel dans son célèbre roman historique.

(2) Concernant la cruauté d’Enver, Lawrence « d’Arabie » rapporte un témoignage que j’ai trouvé dans l’un de ses livres : suite à la reprise d’Andrinople (et donc de la Thrace orientale peuplée à l’époque de Bulgares) dont j’ai parlé dans l’article précédent, Enver se trouve avec des officiers turcs et non turcs sur un navire de guerre, devant un petit port dont tous les habitants bulgares ont fui, sauf un vieillard qu’on lui amène. Il donne alors l’ordre de le jeter vivant dans la chaudière du navire. A cette vue, les officiers présents et même les officiers turcs détournent leur regard et tentent de s’esquiver. Mais Enver leur demande de rester un moment, jusqu’à ce qu’on entende une détonation. Enver leur dit alors : « C’est le bruit que fait leur crâne quand il explose ! »

(3) Le lendemain du Centenaire du 24 Avril, lors de mon (unique) séjour à Istanbul, entre la basilique Sainte Sophie la byzantine et la mosquée construite dans le même style par Sinan l’Arménien, je suis tombé sur un petit kiosque, avec un robinet d’eau à l’extérieur et des mosaïques à l’intérieur figurant les sceaux d’Abdul-Hamid II et de Guillaume II, et j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait de la « fontaine » symbolisant l’« amitié » entre le monstre sanguinaire turc et le médiocre et versatile Kaiser qui avait la folie des grandeurs. (Churchill lui a dressé un portrait ravageur dans un article de l’entre-deux guerres) et qui d’après l’historien du génocide Vahakn Dadrian, haïssait les Arméniens pour diverses raisons. Ce qui n’empêcha pas « l’Empereur des Boches » de très bien s’entendre par la suite avec les Jeunes-Turcs qui déposèrent le vieux Sultan en 1909 et même d’être leur allié et leur banquier jusqu’à la défaite commune.

(4) Il y a un parallèle édifiant à faire entre les buts de guerre des Jeunes-Turcs et ceux des Nazis : dans les deux cas, on retrouve la volonté d’expansion au-delà de son territoire habituel, en modifiant par le meurtre collectif la composition ethnique des régions convoitées, sans la moindre crise de conscience. Il faut lire « Terres de sang » de Timothy Snyder concernant le sort des peuples slaves tel que Hitler l’envisageait dans son « General Ostplan » et qu’il n’a pu qu’entamer, la Shoah mise à part .

(5) Dans le catastrophique « Dictionnaire de la Cause Arménienne » bourré d’erreurs de toutes sortes et d’articles hors sujet, et que d’ailleurs Arpik Missakian fustigea dans son quotidien Haratch lors de la parution du livre, l’auteur va jusqu’à ignorer l’existence de cet ouvrage majeur concernant le génocide, et son article sur « BALAKIAN, KRIKOR » (au lieu de Krikoris) se termine par : « Il laisse un récit encore inédit de témoignages et de réflexions personnels sur les massacres de 1915. » No comment…

(6) Le futur Ataturk qui acquit sa renommée aux Dardanelles (Gallipoli pour les Anglais et Tchanakalè pour les Turcs) grâce à son efficace défense dans son secteur face aux attaques des britanniques et obtint ainsi le grade de général et le titre de Pacha, fut muté en 1916 sur le front russo-turc où il réussit (pour peu de temps) à reprendre aux Russes les villes de Mouch et Bitlis. Dans le volume sous forme d’almanach qui lui est consacré dans la collection des « Chroniques de l’histoire », rédigé par un certain Georges Daniel en 1998, on peut lire à ce sujet : « (Kemal) tente de les (ses officiers) divertir en organisant des soirées dansantes. Les ravissantes Arméniennes de la localité (Diarbekir) font des cavalières de premier choix. », J’ai tenté en vain à l’époque de faire interdire la vente de cet ouvrage cyniquement négationniste dans la grande surface où je l’avais trouvé.

(7) .Alexandre Khatissian, ancien maire de Tiflis et membre de la Délégation permanente de l’Arménie nouvelle, d’abord à Constantinople puis à la Conférence de la Paix, révèle dans son livre (édité en français à Athènes par la F.R.A.) que Raouf Bey proposa à Avetis Aharonian, le chef de la Délégation arménienne, de l’accompagner sur le navire anglais, puisque les Arméniens se retrouvaient du côté des vainqueurs. Refus de l’intéressé, déclarant que ce serait incorrect vis-à-vis des Alliés. Et Khatissian de se demander : qu’avions-nous à y perdre ? Voilà bien un comportement ingénu traduisant le manque de compétence de nos élites en matière de diplomatie. Auparavant, à propos du Congrès de Berlin, la délégation était conduite par Mgr Kherimian, tout à fait inexpérimenté avec sa « cuillère de papier », alors que l’écrivain Sirouni rapporte dans « Bolis yev ir tère » que Nubar Pacha, le père de Boghos Nubar et ancien Premier ministre de l’Egypte, qui connaissait personnellement tous les dirigeants européens, s’était proposé pour conduire la délégation. Mais le Patriarche Varjabedian, on ne sait pourquoi, y mis son véto. Le sort de la nation arménienne aurait sans doute été différent…

(8) Paul Doumer, l’éminent homme d’Etat et futur Président de la République, déclara pendant la Grande Guerre : « Lorsque l’on fera le compte de l’Arménie, on ne comptera pas seulement les vivants, on comptera aussi les morts ! ». Et en pratique, on n’a même pas tenu compte des survivants…

(9) Lorsque vous irez dans le couvent d’Etchmiadzine, ne manquez pas de visiter le Musée Roupen Sevag, installé dans le magnifique ancien réfectoire des prêtres, qui a été inauguré en 2013 grâce à la donation de la collection de tableaux de Hovhannès Tchilinguirian, le neveu du poète et cousin germain de Shamiram, ainsi que plusieurs vitrines avec les souvenirs concernant Roupen Sevag, les ouvrages de poésie en français de Yani et Shamiram etc.

par Stéphane le dimanche 11 novembre 2018
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