HOMMAGE A AZNAVOUR Rubrique

Alain Terzian : Charles était « 100% Arménien, 100% Français... Et 100% poète »


Le président de l’Académie des César était proche de l’artiste décédé le 1er octobre. Nous lui avons posé trois questions.

NAM : Vous connaissiez depuis de nombreuses années Charles Aznavour...
Alain Terzian :
Nos familles sont liées depuis trois générations, ma grand-mère et sa mère étaient comme des sœurs de lait, mon père et son grand-père étaient également très liés. L’histoire et la tragédie du génocide ont fait qu’ils se sont tous retrouvés en Géorgie avant de partir sur Constantinople et les routes de l’exode.

NAM : Vous venez d’annoncer que la 44e cérémonie des César sera dédiée à Charles Aznavour. Une évidence pour vous ?
Alain Terzian :
Il méritait grandement cet hommage des César, et je suis heureux et fier qu’il voie le jour. L’année dernière c’était Jeanne Moreau : au-delà de légendes vivantes de la chanson, ce sont deux légendes vivantes du cinéma. Si le Time Magazine parle de lui en disant « le poète du siècle », il ne faut pas oublier son apport au cinéma, pour lequel il était toujours dans une sincérité absolue. Le Tambour de Schlöndorff lui a permis d’avoir une étoile sur Hollywood Boulevard, c’est une évidence de citer Ararat d’Atom Egoyan, Truffaut l’aimait beaucoup et l’a fait décoller dans Tirez sur le pianiste. On l’a joué à l’Opéra d’Erevan il y a 3 ans : j’étais avec lui sur place, il en était tellement ému. Nous avions dîné avec le président Serge Sarkissian et nous nous étions couchés autour de 3 h du matin. Le lendemain, levé à 5 h pour attraper notre avion, j’avais profité du trajet retour pour dormir un peu. Pendant le vol, j’ouvre un œil et aperçois Charles en train de travailler comme si de rien n’était sur son ordinateur. Je lui demande s’il ne dort jamais et lui me répond : « Non, je cherche une rime. Et elle ne vient pas ! ». Il avait une telle passion des mots.

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NAM : Cette passion qu’il devait mettre en avant en se rendant, notamment à vos côtés, au Sommet de la Francophonie...
Alain Terzian :
Charles Aznavour était le meilleur ambassadeur de la langue française. Il était à la jonction de plusieurs destins. La Fondation Aznavour répond à sa volonté exprimée de son vivant : en 2012, alors qu’il était sur scène la veille à l’Olympia, il avait atterri à Erevan quelques heures plus tard pour l’inauguration en présence de Nicolas Sarkozy. Il fut tellement ému par la chorale de jeunes adolescentes qui chanta pour l’accueillir, il en avait les larmes aux yeux. Elles ont chanté en français et en arménien une vingtaine de ses chansons les plus célèbres. Charles a alors dit au président arménien sa grande émotion, ajoutant vouloir que cette la maison devienne celle des enfants d’Arménie, de la culture, des artistes, pour qu’on continue à chanter comme ce jour-là, à travailler le théâtre, étudier les arts. Et c’est devenu un endroit inouï : quand la brume se lève, on voit le Mont Ararat... J’ai suggérer à Nikol Pachinian de rebaptiser l’aéroport d’Erevan du nom de Charles Aznavour. Dans son éloge funèbre aux Invalides, Emmanuel Macron a conclu son discours par ces mots : « En France, les poètes ne meurent jamais  ». En Arménie, c’est la suite du discours avec l’espoir amené par cette maison. Elle domine Erevan, elle incarne toutes les passions de Charles. Oui, il était 100% Arménien et 100% Français... Mais aussi 100% poète.

Propos recueillis par Claire Barbuti

par Claire le mardi 23 octobre 2018
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