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Décès du photographe Ara Güler, le célèbre « oeil d’Istanbul »


Le photographe arméno-turc Ara Güler, dont les iconiques photographies d’Istanbul ont fait le tour du monde, est décédé mercredi 17 octobre au soir à l’âge de 90 ans. Ses funérailles auront lieu à l’église arménienne de Beyoglu. Ara Güler faisait partie des documentaristes les plus illustres du vingtième siècle, il est le fondateur du photojournalisme en Turquie et probablement le photographe arménien le plus renommé du monde.

Ara Güler est né le 16 août 1928. Sa famille est originaire de Şebinkarahisar. Son père, Tatjat Güler, est né en 1896. À 6 ans, il part à Istanbul pour étudier à l’école Tarkmanchas du quartier Ortaköy d’Istanbul. Parallèlement à ses études, il chante dans le chorale Goussan créé par Komitas. À l’origine le nom de famille de Tatjat était Terterian, mais après l’adoption de la loi de 1934 sur la turquisation des noms de famille en Turquie, la famille Tatjat devint Güler. En 1915, alors que Tatjat a 19 ans, toute sa famille qui était restée à Şebinkarahisar périt lors du génocide des Arméniens. Verjin, la mère d’Ara, est née en 1903. Elle est issue de la famille Chahinian, riche famille arménienne d’Égypte.

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Toujours beaucoup d’humanité dans les clichés d’Ara Güler.

Ara Güler a poursuivi ses études à l’école arménienne Mkhitarian d’Istanbul puis il a fréquenté le lycée Getronagan. Pendant ses années d’étude, il a intégré la troupe de théâtre de Muhsin Ertuğrul : « Mon père était proche des gens du théâtre et du cinéma ; j’ai moi-même grandi dans le monde du théâtre. À cette époque, je voulais être metteur en scène. Si je l’étais devenu, je le serais sans doute encore à l’heure actuelle, mais je suis devenu l’un des journalistes les plus influents du monde », disait Ara Güler avec satisfaction.

C’est en 1950 qu’il commence sa carrière de photographe au journal Yeni Istanbul, puis chez Hürriyet, avant de travailler pour des médias internationaux comme Time-Life ou Paris Match. Celui qui est surnommé « l’Œil d’Istanbul » a su capter l’âme de la mégalopole turque à travers presque trois quarts de siècle, avec des scènes en noir et blanc de la vie quotidienne, des pêcheurs au bord du Bosphore aux petits commerçants et ouvriers. « Les gens m’appellent le photographe d’Istanbul. Mais je suis un citoyen du monde. Un photographe du monde », a-t-il un jour répliqué. Ara Güler avait photographié les plus grands : Yasser Arafat, Winston Churchill, Picasso, Dali, Indira Gandhi, Marc Chagall, Alfred Hitchcock et Aram Khatchatourian, entre autres.

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Salvador Dali a posé devant l’objectif d’Ara Güler.

Son métier lui a en effet permis de voyager à travers le monde, du continent africain à l’Afghanistan, mais surtout à travers sa Turquie natale. Ses photographies ont été réunies dans de nombreux ouvrages, qui gardent une place proéminente dans les librairies du pays.

Avant la photographie, M. Güler a commencé dans le cinéma, inspiré par les amis artistes de son père pharmacien, selon la biographie publiée sur son site officiel. Au cours de sa carrière, il a croisé des grands noms de la photographie comme Marc Riboud et Henri Cartier-Bresson, et a rejoint l’agence Magnum Photos. Un musée en son nom a été ouvert à Istanbul en août afin de célébrer ses œuvres.

Il est décédé mercredi soir des suites d’une « insuffisance cardiaque » à l’hôpital Florence Nightingale d’Istanbul, où il avait été admis en soins intensifs.

Figure incontournable d’Istanbul, M. Güler pouvait encore être vu ces derniers mois à la terrasse du café qui porte son nom dans le centre de la ville.

Claire Barbuti

par Claire le jeudi 18 octobre 2018
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