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INTERVIEW Rubrique

Le chanteur Alexis HK sort de sa tanière


© Claire Barbuti.

Après des mois de tournée avec son spectacle Georges & moi en hommage à l’artiste moustachu, Alexis HK (alias Alexis Djoshkounian) sort de son hibernation créatrice pour livrer un nouvel opus intimiste et dépouillé, Comme un ours. Plein de loops lancinants, sa finesse d’écriture et son humour lui permettent d’aborder des thèmes plus sombres... même si la lumière n’est jamais loin ! Un bel hommage à la vie sous toutes ses formes, comme l’ours pas si mal léché nous le raconte.

Nouvelles d’Arménie Magazine : Après plus de deux ans sur les routes à reprendre les chansons de Brassens, cela n’a pas été trop dur de se remettre à l’écriture de ses propres chansons ?
Alexis HK :
Plus vous lisez, plus vous allez lire... Reprendre du Brassens et se mettre à écrire, c’est complémentaire. Autour de lui, de la personne, c’est toute une invitation à reprendre sa propre plume qui se met en place. C’est même l’un de ses préceptes : essayer de faire des choses par soi-même. J’aime cette philosophie, j’aime l’homme, j’aime ses chansons mais je savais dès le départ que ce devait être éphémère. Ca devait être 6 mois, ça a duré finalement 2 ans et demi, mais il me fallait passer à autre chose.

NAM : Vous avez fini par vous en lasser ?
Alexis HK :
Je ne me lasserai jamais de Brassens ! Il est comme un ami que je n’aurais jamais rencontré. Il y a aussi le fait qu’il me rappelle mes parents qui l’adoraient. J’ai eu du bol, ils auraient pu aimer...

NAM : ...Chantal Goya ?
Alexis HK :
Ah non, on ne touche pas à Chantal Goya ! J’ai été la voir en concert, et c’était super ! Attention à ce que vous dites, quand on touche à la nostalgie, c’est risqué...

NAM : Certes, il y a des instants d’espoir dans votre nouvel album, Comme un Ours, mais il reste malgré tout beaucoup plus sombre que les précédents...
Alexis HK :
Je l’ai écrit fin 2015/début 2016. J’étais traumatisé, perdu, comme tout le monde. L’idée était donc de faire passer ces peurs, ces traumas, par l’écriture. Après, je n’ai jamais eu le tempérament de Trénet : il y a toujours eu un peu de part d’ombre dans mes chansons ! La chanson, ça sert à ça de toute façon : faire ressortir cette part d’ombre qui est en nous. Si on écoute la nouvelle génération, on entend toujours un peu de spleen d’ailleurs.

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© Pierre Leblanc.

NAM : Vous évoquez les attentats dans cet album. C’était important pour vous ?
Alexis HK :
Oui, il me fallait l’aborder, mais pas de façon frontale. Il y a l’événement en soi, mais il y a surtout ses conséquences importantes, cette société qui évolue avec cela, cette poussée identitaire inquiétante. Elle est compliquée cette époque, avec la montée du renfermement... Mais moi je continue, je suis là, et je ris !

NAM : Dans le livret qui accompagne l’album, vous écrivez que vous vouliez, à travers l’album, vous « retrouver ». Objectif réussi ?
Alexis HK :
J’avais surtout envie musicalement de m’amuser, et ça j’ai pleinement réussi ! J’ai commencé ce projet seul, terré, comme un ours. Je me suis acheté plein d’instruments, de maquettes, j’ai fait des tentatives. Après, je ne voulais pas non plus que cet album sente trop le renfermé, trop la vieille chaussette de célibataire ! C’est pour ça que d’autres sont venus m’aider, mais j’aime bien le fait qu’on soit resté sur un effectif réduit. Etre comme un ours, c’est bien. Etre rejoint par d’autres ours, c’est mieux !

NAM : Comme à votre habitude, vous avez un vrai soucis de travail sur les textes, un vrai jeu sur la langue française. Que représente pour vous le fait que le Sommet de la Francophonie ait lieu en Arménie ?
Alexis HK :
Les Arméniens sont un peuple très intégré, et la langue a toujours été pour eux un vecteur d’intégration. Je vois ce qui s’est passé avec ma famille paternelle : apprendre la langue a toujours été la clé. C’est une langue riche, belle, qui rayonne. C’est bien pour l’Arménie qu’elle accueille ce Sommet... Mais d’une manière générale, l’Arménie, en ce moment, on en parle partout, elle fait le buzz ! Sans me permettre de juger la personne de Nikol Pachinian, je trouve en tout cas cette reprise du pouvoir du peuple, cette contestation lucide et non violente très intéressante. C’est comme si en France on arrivait à enlever Edouard Philippe pour installer Jean-Luc Mélenchon à la place !

NAM : Si l’Arménie fait le buzz, n’est-ce pas le moment idéal de créer un projet musical plus précisément autour de vos origines, voire même en langue arménienne ?
Alexis HK :
Non, je ne veux pas être putassier. C’est comme pour Brassens finalement : cela fait partie de mon identité, de moi, mais je ne veux pas l’utiliser pour me faire mieux voir.

Propos recueillis par Claire Barbuti

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© Pierre Leblanc.

par Claire le jeudi 18 octobre 2018
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