HOMMAGE A AZNAVOUR

Les textes enchantés d’un atelier d’écriture d’Ile-de-France


1er rang à l’atelier d’écriture : Odette Combeau, Jackye Garcin, Sonia Bellet, Thérèse Heurtault, Claudette Fiéffé / 2e rang : Marie-Louise Martin, Pascale Rosset, Franck Thérèse, Marina Darges, Evelyne Verdière.

Un atelier d’écriture situé à Morsang sur Orge (91) a rendu hommage à sa façon à Charles Aznavour, lundi dernier. La quinzaine de participants a planché sur un exercice : « Pour rendre hommage à Charles Aznavour, composer un texte sur un thème qui vous convient mais en y incluant obligatoirement le plus grand nombre de titres de ses chansons. Avec la consigne suivante : les titres doivent tels qu’ils ont été créés. Ne pas en changer une seule lettre. » Nous publions leurs textes ci-dessous.

Marie-Louise Martin :

J’ai eu la chance de vous voir plusieurs fois en spectacle et, un jour, par hasard, je vous ai croisé au Palais de Justice de Paris, à l’époque où le fisc vous cherchait querelle.
Dans ce face à face inattendu, sur ces marches que vous descendiez alors que je les gravissais, je n’ai pas osé vous parler. J’étais si intimidée. Je n’ai pas osé évoquer Le Palais de nos chimères devant ce palais de vos misères. Sans doute n’auriez-vous pas alors apprécié le jeu de mots. Je n’ai même pas pensé à vous demander un autographe : ce n’était pas le lieu non plus. Désormais, je n’en aurai plus l’occasion.
À force de chanter Emmenez-moi, vous êtes parti pour de bon.
Jézébel, La Mamma et le petit bois de Trousse-chemise sont, Comme ils disent, orphelins.
Et pourtant, Hier encore, devant Ce sacré piano, vous composiez, infatigable, vous écriviez, comme chaque jour.
Mais, C’était hier et comme Non, je n’ai rien oublié, Sur ma vie, je vous assure que vous étiez quelqu’un de For me formidable.
Comme vous, J’aime Paris au mois de mai et Paris au mois d’août, car, comme vous, je suis née à Paris et comme vous, je trouve que C’est merveilleux l’amour, mais Il faut savoir partir sans se retourner.
Comme vous le souhaitiez à votre public à la fin de chaque concert, je forme le vœu que « Dieu vous garde ».
Les comédiens vous saluent bien !

Thérèse Heurtault :

Hier encore, le bal du Faubourg terminé nous étions couchés dans le foin, c’était l’époque for me formidable des plaisirs démodés.
Il te suffisait que je t’aime alors que je me voyais déjà au bras d’une autre fille...
Non je n’ai rien oublié mais mourir d’aimer ce n’était pas mon idée même si c’est merveilleux l’amour comme ils disent.
Mais c’était hier, désormais j’ai perdu la tête et je suis seul, je ne peux pas rentrer chez moi, je n’ai pas de chez moi ; sur ma vie seules restent mes emmerdes.
Et pourtant même si aujourd’hui tu exagères et que tu t’laisses aller j’ai envie de te dire "viens au creux de mon épaule » et laissons-nous aller sous le ciel plus bleu que tes yeux.

Odette Combeau :

Ce sacré piano s’est tu, les comédiens ont tiré le rideau, la mamma a fermé les yeux et pourtant, hier encore, il était là, chantant emmenez-moi.
Il est parti. La bohème n’accrochera plus les lilas à sa fenêtre, et Paris au mois d’août ne sera plus le même. Je ne peux pas rentrer chez moi, chantiez-vous, mais vous étiez entrés dans le cœur de tous. Peut-être aujourd’hui me diriez-vous : Tu exagères ! non, je vous l’affirme, désormais, couchés dans le foin, dans le bois de trousse chemise ou au bal du faubourg, les amoureux entonneront ou danseront encore longtemps, tendrement enlacés au son de : Que c’est triste Venise, retiens la nuit ou Jézébel.
Que peut-on ajouter de plus, sinon que monsieur Aznavour, vous étiez For me formidable !

Sonia Bellet (Kebabdjian)

Ce sacré piano, a empoisonné ma jeunesse, alimenté mes emmerdes et pourtant, hier encore, mes parents, originaires d’Arménie, caressaient le doux rêve de voir leurs aînés animer des soirées familiales. Moi, au piano et mon frère au violon alors que son professeur l’avait vite orienté vers le football.
Il faut savoir que don, amour et volonté, sont nécessaires pour devenir musicien et comme ils disent, ce n’est pas donné à tout le monde. Pour faire une jam, il faut du talent mais c’était hier !
Désormais, ce sont mes fils qui font de la musique, je ne leur jamais rien imposé.
Non, je n’ai rien oublié du passé de mes parents. Pour toi Arménie, au clair de mon âme, mes racines sont profondément ancrées en moi. Je me voyais déjà y retourner bientôt, mais il faut savoir qu’à mon âge, les voyages sont fatigants et je renonce désormais à dire : emmenez-moi !

Claudette Fieffe :

Ma chérie, depuis un certain temps, je trouve que tu t’laisses aller. D’ailleurs la Mamma le disait aussi. Tiens si nous allions ce soir au bal du Faubourg pour faire une jam. Et puis sur la place Jézebel, il y a un spectacle. Allez viens voir les comédiens ! Cela nous rappellera nos vacances à Venise. Tu sais, quant à chaque coin de rue, nous croisions des pierrots et des colombines. Mais c’était hier. Maintenant que c’est triste Venise, il y a trop de touristes.
L’année prochaine nous irons à Vérone. En attendant profitons de Paris au mois d’août.
Désormais, je vais prendre soin de toi. Viens au creux de mon épaule, et revivons ce temps où couchés dans le foin nous faisions des projets. Non je n’ai rien oublié, mes emmerdes qui nous ont fait manger de la vache enragée. Nous n’allions pas au spectacle, mais seulement faire des balades à Vincennes, où nos pas nous arrêtaient dans un petit bistrot où nous prenions un café. Tous ces plaisirs démodés nous ont bien accompagnés.
C’était la bohème, et pourtant nous étions heureux.
Il te suffisait que je t’aime pour voir le bonheur dans tes yeux.
Te souviens-tu de cette escapade à l’Ile de Ré quand nous fumes plus argentés. Dans le petit bois de Trousse-Chemise, où nous avons fait une pause. Et là j’ai perdu la tête à t aimer comme un fou. C’est merveilleux l’amour.
Je me voyais déjà, pendu à ton bras, sortant de la mairie où tu as dit oui à l’émigrant que j’étais. Ce jour-là, le ciel était plus bleu que tes yeux.
Le temps a passé et il faut savoir raison garder. Mais, je te le dis quand même tu es for me formidable.

Brigitte Gérard :

Les Comédiens avaient comme habitude de se retrouver après le spectacle. L’Émigrant, la Bohème, La Mamma - c’étaient leurs noms de scène – s’apprêtaient à rejoindre la troupe au Bal du faubourg, le troquet à côté du théâtre. « Emmenez-moi  » s’écrie Jézébel, la jeune costumière, m’agrippant le bras. Il faut savoir que j’étais tombé éperdument amoureux d’elle. Hier encore, je me morfondais, empêtré que j’étais dans mes emmerdes. Mais c’était hier. Je me voyais déjà la combler de bijoux, d’attentions, redécouvrant avec elle les plaisirs démodés. Une foule joyeuse se dandinait sur la piste de danse. Sous les mains expertes de mon Camarade, ce sacré piano émettait une musique douce, ensorcelante. « Tu te rappelles notre première danse ? », me demande la belle. « Je m’en souviens, non, je n’ai rien oublié. Viens au creux de mon épaule et dansons. Ce slow est formidable, for me formidable. "

Pascale Rosset :

Par cette belle saison d’été, je me promenais parmi les blés. Plus loin dans une grange, couchés dans le foin, deux amoureux enlacés, et dans leurs tête seuls au monde. Elle lui disait «  j’ai perdu la tête » que diraient mes parents s’ils me voyaient ici. Il faut savoir que ceux-ci, dits de la haute société, envisageaient pour leur fille un mariage avec un notable du village, certes plus âgé qu’elle, mais grosse fortune et influence notoire sur le village. Le jeune homme qui la tenait enlacée, lui disait « au clair de mon âme  » je n’aime que toi. Elle s’était laissée séduire et si hier encore elle se résignait à épouser ce notable qui lui aurait apporté tout le confort d’une grosse fortune, aujourd’hui elle fredonnait je préfère «  la bohème  » avec toi et tous ces rêves fous plutôt que «  les plaisirs démodés » et l’ennui avec ce vieux monsieur riche. Sur ma vie lui disait le garçon, je t’emmènerai voir « Paris au mois d’aout », nous irons dans les guinguettes pour danser. « Emmenez-moi  » lui avait répondu la jeune fille qui préférait mourir d’aimer plutôt que se résigner à une vie de tristesse auprès d’un homme qu’elle n’avait pas choisi et qu’elle n’aimait pas.

Jackye Garcin :

Désormais, nous allons voyager car je trouve, depuis un certain temps, que tu t’laisses aller. Je te propose tout d’abord, pour toi Arménie. Puis nous irons à Vérone. Plus tard, nous prendrons rendez-vous à Brasilia avec notre ami Jézébel que nous n’avons pas vu depuis longtemps. Nous reviendrons en Europe et irons à Venise, pour te faire plaisir car je trouve que c’est triste Venise et nous reviendrons à Paris car j’aime Paris au mois de mai, pour faire une jam et aller revoir la Mamma dans notre restaurant favori et danser au bal du faubourg comme nous avions l’habitude de le faire hier encore. Ensuite, nous pourrons aller passer quelques jours à l’île de Ré revoir le bois de Trousse Chemise. Comme tu peux le constater, non, je n’ai rien oublié et j’aime toujours les plaisirs démodés. Pour me remercier de tous ces futurs voyages, viens au creux de mon épaule et je voudrais bien mourir d’aimer.

Franck Thérèse :

Désormais je n’irai plus au bal du faubourg. Et pourtant avec mon camarade Roger Jézébel, que beaucoup confonde avec Roger Zabel, nous y avons passés des soirées inoubliables.
La mamma me laissait partir à 21 heure. Avant le bal, nous passions voir les comédiens qui répétaient au coin de la rue. Je me souviens même du nom de la pièce qui se passait en Italie. C’était nous irons à Vérone. Zut ! cette pièce c’était l’année précédente. Ah maintenant je me rappelle du titre exact : que c’est triste Venise.
Je me rappelle de deux ou trois répliques, par exemple
Trousse chemise, tu exagères ! ou encore
Les plaisirs démodés, mais c’était hier
Arrivé au bal, j’étais toujours direct avec ces dames, Pour les inviter à danser j’utilisais une phrase magique ; Viens au creux de mon épaule ! et ça fonctionnait bien, si bien que pendant la première danse je nous voyais couchés dans le foin. Mais ce sacré piano cessait toujours sa musique trop tôt. L’émigrant qui en jouait arrêtait à une heure du matin pour ne pas rater son métro. Malgré le temps passé depuis, je me souviens qu’il finissait toujours par le morceau pour toi Arménie. C’est au printemps que les bals étaient le plus animés. C’est en partie pour cette raison que j’aime Paris au mois de Mai.

par Claire le mercredi 17 octobre 2018
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