REPORTAGE A EREVAN

Recueillement, larmes et émotion place Charles Aznavour


19 heures à peine et déjà les Arméniens se pressent devant les marches du cinéma Moskwa, autour de l’étoile qui, comme celle du « hall of frame » d’Hollywood, porte le nom de Charles Aznavour, gravée là, dans la pierre, pour une petite éternité encore. On dépose qui, une fleur, qui, une bougie, et bien sûr, beaucoup de larmes, du recueillement surtout. «  J’ai 40 ans aujourd’hui et quand j’étais encore enfant, dans les années 90, où il faisait si froid, je m’endormais en fredonnant ‘pour toi Arménie’, explique Arshag Tovmasyan. Pour moi, la phrase ‘tes printemps fleuriront encore’ était celle qui me tenait le plus à cœur, qui me réchauffait dans le froid glacial… Alors oui, c’est certain, aujourd’hui, c’est comme si tous les Arméniens avaient perdu quelqu’un de leur famille, leur grand-père en fait  ».

Luciné, 32 ans, a les yeux qui perlent de larmes et la voix de celles qui aujourd’hui, ont beaucoup pleuré : «  Chaque Arménien dans le monde entier est fier de lui, il nous a rendus célèbres tous à travers lui. Et aussi, je crois qu’un de ses talents était d’avoir su rassembler toutes les générations autour de ses chansons ».

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Autour de la fontaine de la place aussi, la foule dépose des fleurs et allume des bougies, dans le silence, tandis que sur la façade du cinéma, des portraits d’Aznavour défilent. Plus tard dans la soirée, accueilli par l’ambassadeur de France, le Premier ministre Nikol Pachinian et de nombreux membres du gouvernement viennent à leur tour se recueillir sur cette place devenue un lieu de rassemblement spontané et populaire en l’espace de quelques heures. Une autre jeune fille, Mariam, 27 ans, explique : « Je regrette surtout que ce soit si abrupte… Bien sûr, il était âgé, mais nous avions tous l’impression qu’il allait vivre cent ans ». Beaucoup ici attendait que ‘Charles’, comme on l’appelle communément, vienne la semaine prochaine lors du Sommet de la Francophonie. Certains pensent qu’il n’aurait peut être pas chanté, en tous cas, pas un concert complet, mais le savoir en ville dans moins de huit jours réjouissait tout le monde.

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Plus tôt, dès la nouvelle tombée ou presque, Nikol Pachinian, sur sa page Facebook, s’est exprimé en direct. Au-delà du talent et de l’homme, il a tenu à présenter ses condoléances « à la France, à l’Arménie, aux Arméniens et aux proches de la famille de Charles Aznavour », disant qu’il fallait surtout se souvenir de son humanité, de sa grandeur d’âme, et du modèle qu’il a été.

Vers 23 heures, alors que depuis vingt bonnes minutes, la pluie tombe doucement, la foule continue à affluer sur la place, toutes générations confondues. En bas d’une rue du centre, un café qui d’ordinaire diffuse ses chansons quasiment toute la journée, a éteint ses haut-parleurs dès l’annonce du décès. A Gumri, une même célébration, avec dépôt de fleurs et bougies, s’est organisée spontanément dès 19h30, sur la place où se trouve la statue d’Aznavour - dans cette ville martyre, ravagée par le tremblement de terre et pour laquelle Aznavour a tant fait.

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Texte : Laurence Ritter / Photos : Max Sivaslian

par Claire le mardi 2 octobre 2018
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