ARMENIE

Pachinian appelle à la tenue, « très prochainement », de législatives anticipées


Fort de la victoire écrasante de son parti aux élections municipales de Erevan le dimanche 23 septembre, le premier ministre arménien Nikol Pachinian a appelé le lendemain même à la tenue d’élections législatives anticipées, qu’il souhaite voir organisées dans le pays « très prochainement ». N. Pachinian avait désigné ce scrutin comme la pierre angulaire de son action politique, un test majeur qui n’a donc pas déçu ses espérances, ni les pronostics d’ailleurs, puisque, dans la foulée de la Révolution de velours à la tête de laquelle il avait accédé au pouvoir le 8 mai, les électeurs de la capitale ont voté, dans leur très grande majorité, en faveur des candidats de son parti, le Contrat civil, dont la tête de liste, et d’affiche d’ailleurs, dans bien des séries télévisées arméniennes, le comédien Hayk Maroutian, est donc promu maire de Erevan.

Rassemblés sous l’étiquette « My Step » (mon pas), les candidats soutenant N. Pachinian auraient reccueilli selon les derniers résultats officiels, quelque 81 % des suffrages, et domineront donc largement un Conseil des anciens de la capitale où le parti de l’actuel premier ministe était ultraminoritaire il y a encore quelques mois. Reconnaissant la victoire du parti au pouvoir, les 2 autres partis qui ont été en mesure de résister à ce raz de marée électoral n’ont pu franchir que de justesse la barre des 5 % leur donnant le droit de siéger dans le conseil municipal de Erevan, où ils seront donc très minoritaires. N. Pachinian, qui ne se réclamait jusque là que du mandat de la rue, a déclaré que le scrutin de Erevan, provoqué par la démission en juillet de Taron Markarian, l’ancien maire affilié au Parti républicain d’Arménie (HHK) jusque là majoritaire qui n’avait pas présenté de candidat, lui donnait un mandat pour œuvrer à la dissolution de l’actuel Parlement, dernier vestige de l’ancien pouvoir, et à la tenue d’élections générales anticipées.

Le vote de ce weekend a montré que l’actuelle Assemblée nationale ne reflète pas les choix politiques du peuple, a déclaré dans un nouveau message à la nation diffusé cette fois encore sur Facebook, décidément son media de communication privilégié qu’il utilise avec l’enthousiasme d’un néophyte. “Les événements politiques ont montré que les élections législatives devaient avoir lieu très bientôt car les incertitudes politiques conpromettent les investissements dans notre économie », a précisé le premier ministre en mettant en avant pour la première fois l’argument économique, laissant ainsi deviner une certaine inquiétude quant à l’état général de l’économie nationale, dont le nouveau pouvoir ne cesse pourtant de proclamer qu’elle ne s’est jamais aussi bien portée. « Je pense que ces élections ont aussi montré que le Parlement actuel ne dispose pas du mandat [populaire] pour travailler”, a ajouté N. Pachinian qui s’exprimait depuis New York, où il est arrivé dimanche pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies à la tête de la délégation arménienne. Le premier ministre a ajouté qu’à son retour de Erevan, il rencontrera les représentants des principales forces politiques pour discuter des modalités de ces élections diplomatiques dont le programme de gouvernement, qu’il avait fait voter en juin par le Parlement toujours dominé par le HHK, ne fixait pas la tenue avant juin 2019.

Lors d’une rencontre avec les représentants de la communauté arménienne à New York dans la soirée de dimanche, N. Pachinian a précisé que le scrutin devait se tenir « avant » juin et “aussi vite que possible”, mais sans donner d’échéances plus précises. En vertu de la Constitution arménienne, dont la version amendée par l’ancien régime avait été approuvée par referendum en décembre 2015, le Parlement ne peut être dissout qu’en cas de démission du premier ministre et si les députés échouent à deux reprises à lui élire un remplaçant. C’est toujours le HHK de l’ancien président Serge Sarkissian qui domine ce Parlement que N. Pachinian a jusqu’ici marginalisé mais dont il entend reprendre le contrôle pour poursuivre et mener à bien le processus politique qu’il a engagé à la faveur de sa Révolution de velours. “Nous ne voyons aucune raison d’organiser des elections legislatives anticipées”, a déclaré le chef du groupe parlementaire du HHK, Vahram Baghdasarian, interrogé par le service arménien de RFE/RL le lundi 24 septembre, en ajoutant qu’il convenait tout d’abord d’amender le Code électoral. V.Baghdasarian a ajouté dans le même temps que le HHK était disposé à engager “toutes discussions” en ce sens avec N. Pachinian.
Le Parti Arménie prospère (BHK), 2e formation du Parlement et membre de la coalition gouvernementale, a aussi exprimé sa disposition à engager de telles discussions. Le Parti de l’homme d’affaires Gaguik Tsatoukian est arrivé en 2e position, très loin derrière le parti de N. Pachinian, aux municipales de Erevan, dont la campagne avait trahi les désaccords entre les deux partis théoriquement alliés.
Au-delà du triomphalisme qu’il affiche au lendemain de la victoire de ses candidats au scrutin de Erevan, le nouveau pouvoir arménien a de bonnes raisons pour vouloir bousculer l’agenda électoral. Le très faible taux de participation aux municipales de Erevan, qui serait inférieur à 50 % des électeurs selon la Commission électorale centrale, résonne comme un signal d’alarme plutôt inquiétant pour l’équipe de N. Pachinian. Il tendrait à confirmer que les forces vives qui suivent N. Pachinian et que celui-ci désigne comme « le peuple », sont celles-là mêmes qui manifestaient à ses côtés en avril dernier et depuis, et qu’une majorité silencieuse, qui n’avait pas participé de manière active ou directe à la Révolution de velours, n’a pas été conquise à sa cause et reste dans une indécision telle qu’elle a boudé des urnes pourtant nettoyées et transparentes … trop transparentes peut-être !

Cette forte abstention pourrait aussi traduire une érosion y compris dans les rangs de ses partisans, qui ont pu avoir été choqués par les propos directifs et autoritaires tenus par N. Pachinian à plusieurs reprises sur la place publique, à Erevan ou ailleurs. Autant peut-être que le score sans appel de Hayk Maroutian, dont se revendique N. Pachinian, c’est cette faible participation à ce scrutin clé de Erevan qui pousse le premier ministre, qui craint une baisse constante de popularité et une usure trop rapide d’un pouvoir qui a porté de trop grandes espérances, à activer le processus d’organisation de législatives anticipées.

par Garo Ulubeyan le mardi 25 septembre 2018
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