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NECROLOGIE Rubrique

Décès de Philippe Adamov, un dessinateur réaliste et plein de subtilités


Jean-Frédéric/ Licence Creative Commons.

Le dessinateur de bande dessinée Philippe Adamov, qui avait signé une vingtaine d’ouvrages dont les grandes fresques Le vent des Dieux et Les eaux de Mortelune, est décédé le 3 février 2020. « Philippe Adamov s’est éteint lundi à 63 ans », a précisé la maison d’édition de BD Glénat, dans un communiqué consacré à la disparition de ce « grand monsieur du 9e art ». Philippe Adamov "n’a cessé d’imposer à nos yeux la force esthétique et narrative de son trait, ajoute le communiqué. La générosité de son dessin réaliste, sa finesse et ses subtilités, étaient le miroir d’un homme pudique d’une grande gentillesse ».

Après avoir travaillé dans le studio d’animation de René Laloux (un des maîtres français de la SF), l’artiste d’origine arménienne s’était orienté vers l’illustration de romans de science-fiction, avant de percer dans la BD.

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Les eaux de Mortelune, devenu un classique de la science-fiction.

Influencé par Moebius

Grâce à une première publication dans le magazine pour enfants Okapi, Glénat avait repéré le dessinateur, et lui avait confié la série, en collaboration avec le scénariste Patrick Cothias, Le vent des Dieux. Dans cette fresque historique au cœur du Japon médiéval, publiée à partir de 1985, il a développé son trait réaliste et son sens aigu du détail.

Le dessinateur, fortement influencé par Moebius (L’Incal), autre référence de la science-fiction, avait ensuite signé plusieurs autres séries, la plupart chez Glénat, dont son autre œuvre magistrale, Les eaux de Mortelune (10 volumes parus de 1986 à 2000), de nouveau avec Cothias au scénario. Cette série d’anticipation aux images puissantes et aux personnages cruels se joue dans un Paris post-apocalyptique, où l’eau est devenue la ressource la plus convoitée. Elle est devenue un classique de la science-fiction française.

Toujours chez Glénat, en 1992, il sort le titre Dayak, une trilogie qui se déroule en Afrique. Avec Jean Dufaux, qu’il rencontre en 1999, il publie ensuite L’Impératrice rouge, qui met en scène une lutte acharnée pour le pouvoir dans une Russie post-apocalyptique. Les deux auteurs s’attelleront, en 2012, à Dakota, une histoire inspirée de l’univers des super-héros. Le deuxième tome paraîtra quatre ans plus tard, en 2016. Entre les deux titres, Philippe Adamov a dessiné la trilogie La Malédiction de Zener, dont le scénario est signé Jean-Christophe Grangé, le romancier des Rivières pourpres. Un thriller mâtiné de psychologie et d’ésotérisme, prologue du troisième roman de l’auteur du Concile de pierre.

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Planche de l’Impératrice rouge.

Biographie écrite de ses mains

Pour le site de Glénat, il avait lui-même rédigé sa biographie. La voici :

"1956, je nais ! 3,2 Kg – beau bébé ! Je découvre la BD en 1965 dans un petit magasin de soldes de bouquins pendant les vacances. J’y reviendrai chaque année. Je rentre alors dans le monde de Jigé, de Cuvelier et d’Harold Foster. Après des études très écourtées à l’École Estienne, j’intègre Studios René Laloux à Angers comme stagiaire décorateur. Nous travaillons sur le pilote du film Gandahar dessiné par Caza. Ces 3 années passées là-bas me serviront bien plus tard dans mes nombreuses activités (illustrations, BD, etc.). Je rencontre aussi Moebius qui deviendra pour moi « la » référence. En 1978 je retourne à Paris et je me lance non sans problèmes dans l’illustration de SF. Je travaille pour Opta (éditeur aujourd’hui disparu) entre autres. Je collabore ensuite au défunt journal de SF Futur où je rencontre Gérard Klein, Michel Demuth, les frères Bogdanoff et beaucoup d’autres. Ils me font faire des travaux d’illustrations pour plusieurs éditeurs tels Le Masque, Anthologie de la SF au Livre de Poche, Casterman, R. Laffont, etc.

En 1979 je suis contacté par F. Allot pour travailler sur la série Ulysse 31. C’est un travail de création plutôt enrichissant, tant au niveau pécuniaire qu’artistique. Je collabore en 1983 à la création d’une BD avec Xavier Seguin pour le journal Okapi. Elle ne verra jamais le jour en album (heureusement !) mais elle me permettra de me faire remarquer par Henri Filippini, directeur de collection aux Éditions Glénat. Il me présentera Patrick Cothias avec qui je vais collaborer pendant près de 10 ans. Glénat lance le magazine Vécu et nous créons Le Vent des Dieux. Un an après suivront Les Eaux de Mortelune, une grande saga de SF. Immédiatement, les deux séries marchent bien, et je commence alors à vivre uniquement de la BD en alternant un album de chaque série pendant presque 8 ans.

En 1992 je décide de créer ma propre histoire et avec l’aide de J.C. Camano, directeur éditorial chez Glénat, nous publions Dayak, une trilogie de SF qui se déroule en Afrique. Je rencontre Jean Dufaux en 1999 avec lequel je crée l’Impératrice Rouge, une lutte impitoyable pour le pouvoir dans une Russie post-apocalyptique, où subsistent les vestiges d’un communisme décadent, et où règne un système politique totalement archaïque.

En juin 2012, après une longue absence Adamov était de retour. Voici ce que j’avais publié dans Midi Libre sur sa nouvelle série Dakota. Le dessinateur gardois, associé au scénariste Jean Dufaux, signe un thriller fantastique dans lequel les super-héros, devenus une caste, écrasent les pauvres et faibles. Avec Dakota chez Glénat, tome 1 d’une série dont on sent déjà toute l’ambition justifiée, Adamov signe un dessin réaliste, fin, subtil et capable du plus brûlant réalisme. Dufaux lance sur la piste de ces humains affaiblis un agent spécial, Dakota, à la suite d’un incident dans un restaurant réservé à l’élite des super-héros. Un de ces humains affaiblis surnommés collapses a réussi à se faire accepter et se met à tousser. Une catastrophe dans ce milieu aseptisé. La redoutable Dakota doit le retrouver à tout prix, mais à ses risques et périls. Mais elle va surtout découvrir que rien n’est simple autour d’elle et qu’il y a même des traîtres parmi les super-héros. Des débuts très efficaces pour cette nouvelle série. Le duo Dufaux-Adamov fonctionne parfaitement."

par Claire le vendredi 14 février 2020
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