Soutenez Armenews !
Soutenez Armenews !
RENDEZ-VOUS DES NAM Rubrique

« Merci aux Arméniens » : la conférence de Taner Akçam a fait salle comble


Ce vendredi 7 février 2020 au soir, les locaux de l’UGAB faisaient salle comble pour un nouveau rendez-vous des NAM. Il faut dire que l’invité était de marque : il s’agissait de l’historien turc Taner Akçam, de passage en France pour présenter la parution dans la langue de Molière d’un ouvrage fondamental : Ordres de tuer (CNRS éditions). Près de 100 personnes ont ainsi pu suivre les échanges durant 1h entre Ara Toranian et Taner Akçam (la traduction étant assurée par Erol Ozkoray), avant de poser de nombreuses questions pendant près d’une heure également, puis de se faire dédicacer l’essai dans lequel, accumulant les preuves, l’historien turc démantèle les arguments négationnistes concernant le génocide de 1915.

<span class="caps">JPEG</span> - 1.7 Mo

La discussion s’est tout d’abord tournée sur ses impressions du dîner du CCAF auquel il avait assisté quelques jours auparavant, et lors duquel il avait reçu la médaille du Courage. « Emmanuel Macron qui me félicite... Très peu d’historiens ont eu ce genre de chance, j’en étais très honoré, a dit Taner Akçam. Merci donc aux Arméniens qui m’ont offert cette chance ».

<span class="caps">JPEG</span> - 1 Mo

Au cours de son discours de remerciement face au président de la République française, l’historien turc avait mis l’accent sur la figure de Hrant Dink. C’est donc tout naturellement qu’Ara Toranian, directeur des Nouvelles d’Arménie Magazine, lui a demandé pourquoi ce journaliste assassiné en Turquie était si important pour lui. « Mon ami Hrant, c’est le Martin Luther King de la Turquie, a répondu Taner Akçam. C’est le symbole de ce que doit être le pardon du peuple turc. Il était au devant de la scène dans la lutte pour la démocratie... Il est tombé dans le cadre de son combat, à cause de ses idées. Je continue le chemin qu’il a ouvert. »

Une relève qu’il assure... A l’instar d’autres jeunes en Turquie ? « Je crois qu’il va y avoir des milliers de Hrant qui vont émerger et suivre son chemin », a-t-il prédit, plein d’optimisme, se rappelant une anecdote lorsqu’il marchait avec son ami dans les rues d’Erevan il y a quelques années. « Nous n’étions pas d’accord sur un sujet, il ne voulait faire aucune concession, s’est souvenu Taner Akçam. Hrant a alors ouvert sa veste, il a frappé son cœur en disant : »Moi, je suis le cœur« . Comme Ara ici présent peut le confirmer, mettre du cœur à une cause, c’est bien là le plus important. »

<span class="caps">JPEG</span> - 822 ko

Et si juridiquement, Taner Akçam pourrait retourner sur les terres turques, sa mère, elle, ne le désire pas ! « Mes amis sont en prison : Osman Kavala, Ahmet Atlan... Ce n’est pas la peine pour moi de prendre le risque », a expliqué celui qui donne actuellement des cours aux Etats-Unis. Une activité importante pour faire connaître la vérité... Même s’il faudrait aller encore plus loin : « Aux Etats-Unis, il y a 250 instituts dans les universités pour effectuer des recherches sur la Shoah. Pas un seul concernant le génocide des Arméniens. Il n’y a que ma chaire, qui est peu suivie », a regretté l’universitaire. C’est d’ailleurs d’après lui le grand problème car, si les personnes passent, les institutions resteraient.

<span class="caps">JPEG</span> - 983 ko

La discussion s’est ensuite recentrée, powerpoint à l’appui, plus directement sur le livre de Taner Akçam, Ordres de tuer, paru en Turquie en 2016 (« Il n’y a pas de problème pour l’imprimer... Mais c’est plus dur de trouver des lecteurs ! », même si le sociologue a tenu à le publier d’abord en turc pour ne pas « qu’on dise que je faisais un travail contre mon pays ») et qui vient d’être traduit en français. En épluchant diverses archives, le chercheur a pu rassembler les originaux et prouver l’authenticité des télégrammes controversés par lesquels les plus hautes autorités ottomanes ordonnèrent, entre 1915 et 1917, la déportation et le massacre de 1,5 million d’Arméniens.

Un travail méticuleux qui l’a amené notamment dans les archives du patriarcat de Jérusalem qui les garde actuellement. « Ce livre doit beaucoup au père Krikor Guerguerian, a-t-il souligné. J’ai pu le faire grâce à ses documents ». Car le prêtre avait en effet eu accès à ces documents il y a de nombreuses années, les avait photographiés, et pourtant, rien n’en était sorti par la suite... Pourtant, si on compare à la Shoah, les documents originaux qui existent encore aujourd’hui concernant les ordres de tuer durant le génocide des Arméniens sont en réalité plus nombreux. Les Arméniens de Jérusalem auraient pu les publier dès les années 20/30. Pire encore, en 1983, l’Assemblée arménienne aux Etats-Unis a fait des microfilms de ces archives : ils auraient pu les publier depuis quand ils voulaient... « Mais je ne veux pas dire du mal de telle ou telle personne : il faut maintenant regarder vers le futur, a nuancé Taner Akçam. Et le futur, ce doit être des institutions, car pour l’instant, tout cela n’est géré que par des gens têtus comme moi ! Mais nous allons continuer, car il y a encore tellement de trous noirs dans ce dossier. »

<span class="caps">JPEG</span> - 2.4 Mo

Puis les questions ont fusé dans l’assemblée, pendant près d’une heure. Taner Akçam, optimiste, a clamé qu’« il y a toujours une journée à la fin d’une nuit... Espérons alors une belle journée ! ». Avant d’être acclamé par l’ensemble de la salle, puis de dédicacer, avec sourire et bienveillance, son ouvrage en présence de son éditrice chez CNRS éditions. Un chaleureux cocktail a clos cette soirée réussie.

Texte et photos : Claire Barbuti

<span class="caps">JPEG</span> - 1.3 Mo

La vidéo du Rendez-vous des NAM en compagnie de Taner Akçam :

par Claire le dimanche 9 février 2020
© armenews.com 2020


 


 
Thèmes abordés