ARMENIE

Pachinian répond à Kotcharian


Alors que l’opposition arménienne tente de s’emparer du scandale des écoutes pour défier le nouveau pouvoir et donner plus de corps à ses allégations relatives à l’emprise qu’il exercerait sur la justice pour régler ses comptes politiques avec ses prédécesseurs, N. Pachinian est revenu à la charge pour dénoncer une manœuvre des anciens dirigeants visant à esquiver leurs responsabilités devant la justice.

Répondant à Robert Kotcharian qui avait accusé publiquement la veille les 2 responsables du SSN et du SSI, sur la foi de leurs conversations révélées par des écoutes, de mener leur enquête contre lui à seule fin de le « mettre en prison », N. Pachinian a indiqué le jeudi 13 septembre que le pouvoir en place en Arménie depuis le 8 mai avait pour objectif de « mettre en prison » quiconque a commis un crime durant la répression post-électorale de 2008. “Toutes nos prévisions, toutes nos déclarations selon lesquelles cette affaire est purement politique, est une persécution politique, sont confirmées par ces conversations téléphoniques. [Elles prouvent] que tout ceci n’a rien à voir avec l’enquête sur les événements du 1er mars 2008 et qu’il n’y a un but à tout cela, et ils le disent eux-mêmes, me mettre en prison”, déclarait notamment l’ancien président dans une interview au site web “Yerevan. Today”.

S’exprimant devant le Parlement la veille, N. Pachinian avait de son côté souligné qu’il n’y avait rien, dans les enregistrements des conversations, qui fût de nature à le compromettre ou à compromettre les services de sécurité de l’Arménie. Il a précisé que c’était le juge, principal acteur à charge dans ce scandale des écoutes suceptible de discréditer le pouvoir en place, qui avait appelé le chef du SSN et non l’inverse, ce qui ne semble à dire vrai pas changer la donne, puisque ces écoutes feraient état d’un « juge terrifié » face aux nouveaux chefs des services. Pachinian a ajouté que depuis qu’il avait été élu premier ministre, il n’avait jamais caché le fait que les “juges, qui ne sont pas habitués à travailler de manière indépendante, continuent à appeler pour demander des conseils sur la procédure à suivre”.

Le premier ministre, manifestement conscient qu’une telle explication reste peu convaincante, a tenu à assurer qu’il s’en tenait fermement à son engagement à ne pas interferer dans le travail des juges et des tribunaux arméniens. Prenant à partie le « peuple », devant lequel il s’exprimait à chaud après la révélation des écoutes, mardi 11 septembre au soir à Erevan, N. Pachinian s’était montré bien plus virulent pour appeler à déjouer le complot de ces contre-révolutionnaires qui disposeraient d’assez de moyens pour mettre sur écoutes les responsables des services de sécurité et qui auraient gardé leur capacité de nuisance.

Tout en annonçant une enquête pour démasquer les auteurs de ces écoutes illégales, il a tenu à revenir sur le fond, en réaffirmant sa volonté de traîner devant les tribunaux ceux qui ont « pillé le pays », à commencer par S. Sarkissian et R. Kotcharian. Ce dernier surtout, a été longuement cité pour son enrichissement personnel, dont le premier ministre a dit qu’il devrait en répondre devant la justice. Mais si la justice dispose des preuves accablantes mentionnées par N. Pachinian, peut-être aurait-elle dû commencer par ce volet économico-financier, plutôt que de se risquer dans une procédure hasardeuse sur le volet politique de l’affaire contre R. Kotcharian, qui se pose aujourd’hui en victime de l’acharnement politique du nouveau pouvoir.

par Garo Ulubeyan le vendredi 14 septembre 2018
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