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ROUBAIX Rubrique

« La peinture n’est pas un jeu, c’est une vie » : exposition collective avec Elvire Jan Kouyoumdjian


Elvire Jan, Composition, 1958. Collection particulière. Photo : Zina Galai / Studio Curchod, Vevey (CH).

Après le musée Granet d’Aix-en-Provence et le Kunstmuseum Picasso de Münster en Allemagne, La Piscine de Roubaix accueille la troisième et dernière étape d’une exposition organisée, en collaboration avec la Fondation Jean et Suzanne Planque, à partir d’un ensemble exceptionnel d’une centaine de toiles et dessins réunis avec passion par un collectionneur suisse et complété par quelques prêts consentis par des institutions françaises et suisses.

Les six peintres que réunit cette exposition – Jean Bazaine (1904-2001), Roger Bissière (1886-1964), Elvire Jan (1904-1996), Jean Le Moal (1909-2007), Alfred Manessier (1911-1993) et Gustave Singier (1909-1984) – ne forment aucunement un groupe au sens que l’on donne à ce mot en parlant, par exemple, des impressionnistes ou des surréalistes. D’autant moins qu’ils ne se réclamèrent jamais d’une esthétique commune et ne rédigèrent aucun manifeste. Il s’agit d’abord d’un groupe d’amis qui, un peu comme les Fauves, se fréquentèrent beaucoup, passant parfois leurs vacances ensemble, et travaillant en grande proximité. Encore faut-il distinguer Bissière, d’une génération antérieure à celle des cinq autres peintres, tous nés entre 1904 et 1911, qui le tenaient pour un maître quand bien même ce dernier ne souhaitait pas jouer ce rôle.

Au-delà de l’amitié qui les rapprochait, il y eut chez ces peintres le même souci de trouver une voie entre la représentation du monde (qu’ils pratiquèrent au début de leurs carrières) et une voie plus abstraite – que l’on désigne parfois par le terme de non-figuration. Leur approche est ainsi davantage liée à des émotions produites par des paysages aimés qu’à l’évocation d’une réalité identifiable. Au cours des quatre décennies (1945-1985) qui témoignent de leur activité, ils abandonnèrent peu à peu l’étude des formes – trop figées à leurs yeux – pour se plonger dans la transcription de forces qu’ils commençaient à percevoir, à l’instar des sciences, dans une nature agitée de mouvements secrets et de transformations incessantes. Dès 1960, pourtant, l’art de ces peintres eut à souffrir du succès grandissant de la peinture américaine et fut parfois très injustement négligé par la critique et les musées. Le temps est venu de le redécouvrir et c’est là ce qu’ambitionne cette exposition inédite.

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Elvire Jan est une peintre d’origine arménienne, née Elvire Kouyoumdjian en Bulgarie en 1904. Elle s’installe à Paris en 1926, où elle rencontre cette grande famille d’artistes qui a constitué la deuxième école de Paris, les « peintres de la non-figuration ». Seule femme peintre du groupe, elle en a longtemps été la moins connue, ou re-connue, s’étant toujours mise en retrait de par son éducation stricte et son origine orientale, et aussi parce que c’était encore très difficile pour une femme, dans les années 1940, de se faire accepter comme une artiste à part entière. « C’était la plus douée d’entre nous », disait pourtant son ami, le peintre Jean Bazaine, parlant notamment de ses dessins.

Daniel Garabédian ([email protected]) lui a consacré un film de 26’ en 2004, intitulé Elvire Jan, le jaillissement du trait et de la couleur. Il explique que, profondément attachée « aux rythmes de la nature », elle « vit avec ses collines » du Verdon, « avec ses arbres, ses sentiers, elle ne les copie pas, elle n’est pas devant », elle les transpose, les métamorphose. Toute sa vie, elle va essayer de comprendre, de chercher et rechercher, d’aller toujours au plus profond du grand mystère de la peinture. Ses toiles monochromes ne sont jamais unichromes : ce qu’elle cherche là encore, c’est « la profondeur d’une couleur ». Quant à ses dessins, ils nous étonnent par la qualité du trait, sa spontanéité : « Il faut que le dessin soit jailli ». De sa première exposition au Salon des indépendants de 1933 jusqu’à son décès en 1996, il n’y aura pour Elvire Jan un seul jour sans la peinture, ce « royaume » qu’elle pensait « ne jamais pouvoir atteindre » lorsqu’elle était jeune fille. Car, pour cette femme peintre, « la peinture, ce n’est pas une froide intellectualité, c’est une vitalité, la peinture... La peinture n’est pas un jeu, c’est une vie ».

Claire Barbuti

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Elvire Jan Rythmes automnaux 1977 Aquarelle 49,3 x 64,5 cm Coll. Part., Suisse – Traverser la lumière au musée Granet.

Traverser la lumière
Bazaine, Bissière, Elvire Jan, Le Moal, Manessier et Singier
Art français non-figuratif – 1945-1985
Du 19 octobre 2019 au 2 février 2020
La Piscine - 23 rue de l’Espérance, 59100 Roubaix

par Claire le jeudi 12 décembre 2019
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