TURQUIE

La livre turque dégringole après la démission d’un vice-gouverneur de la banque centrale


Ankara, 30 août 2018 (AFP) - La livre turque poursuivait jeudi sa dégringolade, perdant près de 5% de sa valeur face au dollar, au moment où la télévision d’Etat rapportait la démission d’un vice-gouverneur de la banque centrale de Turquie (CBRT).

Erkan Kilimci, nommé vice-gouverneur de la CBRT en mai 2016, a démissionné jeudi pour prendre un poste à la Banque du développement de Turquie, selon la télévision d’Etat TRT.

Alors que des rumeurs sur sa démission circulaient dès le matin, la devise turque perdait en fin de journée et par rapport à mercredi soir environ 5% de sa valeur face au dollar, qui s’échangeait vers 16H00 GMT à 6,74 livres. La livre a ainsi perdu plus de 10% de sa valeur face au billet vert depuis lundi, et environ 44% depuis le début de l’année.

La démission de M. Kilimci survient alors que la CBRT est sous forte pression, d’une part des marchés pour hausser ses taux d’intérêt afin de lutter contre une inflation galopante, et d’autre part du gouvernement pour au contraire maintenir des taux bas et soutenir la croissance.

Les économistes mettent en garde depuis des mois contre un risque de surchauffe de l’économie turque, marquée par une croissance élevée, une inflation à deux chiffres et un déficit croissant de ses comptes courants.

Mais le président turc Recep Tayyip Erdogan s’oppose fermement à toute hausse des taux d’intérêt, les qualifiant même de « père et mère de tous les maux ».

La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la CBRT, au cours de laquelle une décision sera prise sur les taux d’intérêt, aura lieu le 13 septembre.

« Avec (la démission de Kilimci) qui alimente les inquiétudes concernant le système financier fragile de la Turquie, la livre pourrait étendre ses pertes », estime Lukman Otunuga, analyste chez FXTM, répondant aux questions de l’AFP.

« Les inquiétudes concernant la fragilité du système financier turc, l’accélération de l’inflation et l’instabilité économique risquent de dégrader l’appétit pour la livre », ajoute-t-il.

A cette défiance générale, s’est ajoutée ce mois-ci une crise diplomatique avec les Etats-Unis et l’annonce de sanctions américaines -auxquelles a immédiatement répliqué Ankara -, qui ont précipité l’effondrement de la devise turque.

Mardi soir, l’agence de notation Moody’s a abaissé la note de 18 banques et de deux institutions financières en Turquie, pointant des fragilités dues à leur dépendance aux financements en devises étrangères.

Une série d’indicateurs importants est attendue dans les prochaines semaines : la Turquie publie lundi les chiffres de l’inflation pour août, après qu’elle a frôlé les 16% en juillet. Et le 10 septembre, seront publiés les résultats de la croissance au deuxième trimestre, alors que les économistes mettent en garde contre un risque de récession.

par Stéphane le vendredi 31 août 2018
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