ARMENIE Rubrique

L’audit sur la mine d’Amulsar donne son feu vert à l’exploitation du metal jaune


Le Comité des enquêtes d’Arménie a rendu publique l’intégralité du rapport de l’audit indépendante commandée par le gouvernement arménien sur les activités de la mine d’or d’Amulsar et ses incidences suspectées néfastes sur l’environnement. L’étude, réalisée par Advanced Resources Development (ELARD), a conclu sur les risques très limités de pollution des sources d’eau de Jermouk, la principale station thermale du pays, par les eaux usées de l’exploitation manière, en concluant qu’il n’y avait pas de communication entre les nappes phréatiques et les rivières de cette region du sud-est de l’Arménie et le gisement aurifère. Le rapport de 190 pages donne donc son feu vert à l’exploitation du metal jaune, par une compagnie anglo-américaine qui avait investi plusieurs millions de dollars dans ce projet et avait dû suspendre les activités sur le site il y a un an en raison de la levée de boucliers des associations écologistes. La compagnie, Lydian International, avait lancé en août 2016 un énorme chantier sur le site d’Amulsar de la province de Vayots Dzor, censé renfermer d’importantes quantités de minerais aurifères au terme d’une très longue procedure juridique en vue d’obtenir les licences d’explotation du gouvernement arménien. Toutes les routes conduisant à Amulsar avaient été bloquées à parti de juin 2018 par des dizaines de personnes protestant contre les activités de la mine, suspectées de polluter l’air et de contaminer les sols et la précieuse eau qui en jaillit et qui vaut la renommée de la station thermale de montagne de Jermouk, toute proche. Lydian, qui affirme avoir déjà investi quelque 400 millions de dollars dans ce projet, a balayé du revers de la main ces accusations, en mettant en avant la qualité de ses installations minières, relevant des dernières technologies, les plus sûres pour l’environnement. La compagnie avait multiplié ses appels aux autorités arméniennes pour qu’elles mettent fin au blicage des routes, qu’elle considère comme illegal. Elle a même clairement menacé d’engager une action légale international contre le gouvernement arménien en mars. De son côté, le gouvernement arménien chargeait un cabinet libanais spécialisé dans les questions environnementales, ELARD, de réaliser une étude sur l’impact environnemental de ce projet, qui constitue le plus important investissement jamais effectué en Arménie. Nikol Pachinian et d’autres officiels n’ont cessé de répéter depuis, que la reprise des activités de Lydian dépendait des conclusions de cet audit. ELARD avait été tout spécialement chargé d’enquêter sur les éventuelles incidences du projet minier sur la station de Jermuk, qui n’est situé qu’à 20 kilomètres d’Amulsar, et aussi sur le non moins repute lac Sevan, vaste nappe d’eau douce qui s’étend à quelques kilometres au nord du site minier. Le Comité d’enquête a publié le rapport d’ELARD de près de 200 pages le 14 août, dont les conclusions ont été présentées le lendemain même par le chef du Comité, Hayk Grigorian, devant l’ensemble du gouvernement, lors de la reunion hebdomadaire du conseil des ministres. H.Grigorian a mis l’accent sur le fait que l’audit avait établi que les eaux souterraines à Amulsar n’avaient pas de “connection” hydrologique avec les sources d’eau minérale ou les rivières de Jermuk, ni avec les rivières ou canaux se déversant dans le lac Sevan. Ce grand lac de montagne, indispensable à l’équilibre écologique de tout le pays, pourrait éventuellement être contaminé par des quantités “insignifiantes” de déchets toxiques du site d’Amulsar en cas de violent séisme, concluerait l’audit cité par le responsable arménien. Il ne constiturait donc pas une menace non plus pour le lac Sevan, dont le rivage sud-est abrite d’ailleurs depuis l’époque soviétique et même avant, un gisement aurifère, à Zod. L’exploitation de gisements aurifères sont à l’origine de risques environnementaux bien plus importants pour les autres rivières parcourant le Vayots Dzor, a poursuivi H.Grigorian, en précisant qu’ils pouvaient toutefois être limités, si Lydian prend les “mesures alternatives” recommendées par ELARD. Il a ajouté que la compagnie se disait prête à prendre toutes les mesures en ce sens. H.Grigorian a par ailleurs fait savoir qu’au regard des conclusions de l’audit, le Comité d’enquête ne voyait aucune raison d’engager des poursuites contre aucun des responsables de l’agence gouvernementale arménienne qui avait donné son accord au projet minier en avril 2016. Une enquête en ce sens avait été lancée par le nouveau pouvoir en place à Erevan, en juillet 2018. S’exprimant devant ses ministres le 15 août, Pachinian a indiqué que le gouvernement allait étudier de près le rapport d’ELARD, sans préciser s’il allait donner l’ordre de débloquer l’accès au site minier exploité par Lydian. Au même moment, une vingtaine de militants écologistes manifestaient devant le siege du gouvernement, pour réclamer l’arrêt de l’exploitation minière sur le site, en soulignant que la mine d’Amulsar allait infliger des dommages irréparables à l’écosystème du pays entier. Les manifestants ont demandé à être reçus au plus vite par Pachinian. Un de ses collaborateurs leur fera savoir que le premier ministre les recevrait d’ici la fin du mois. De son côté, Lydian a accueilli avec prudence les premières conclusions de l’audit, par un communiqué diffusé le 14 août. “Nous sommes soulagés de ce que le rapport d’audit a été rendu public, le gouvernement d’Arménie ayant affirmé à plus d’une reprise, qu’il conditionnait à ses conclusions la reprise des activités de Lydian à Amulsar”, a indiqué le president par interim et directeur general de la compagnie, Edward Sellers, cité dans le communiqué, en précisant qu’il attendait de lire la totalité du rapport, dont il s’est dit convaincu qu’il confirmera la “politique prudente” menée par Lydian en matière d’environnement. Le projet Amulsar a été soutenu par les ambassades américaine et britannique à Erevan. Les diplomates américains avaient mis en garde contre la poursuite du blocage des operations minières de Lydian, qui pourrait faire fuir d’autres investisseurs américains désireux de developper des projets en Arménie. Lydian es tune multinationale britannique, dont le siège se trouve aux Etats-Unis, dans le Colorado. Enregistrée à la bourse de Toronto, elle compte parmi ses actionnaires principaux des fonds d’investissements américains, canadiens et européens, ainsi que la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). La compagnie prévoyait de produire 210 000 onces d’or, pour une valeur de plus de 315 millions de dollars aux taux internationaux actuels, d’ailleurs en hausse, chaque année à Amulsar. Elle s’engageait aussi à créer quelque 800 emplois permanents, et devrait figurer parmi plus gros contribuables du pays, avec environ 50 millions de dollars par an en taxes diverses. L’arrêt des activités sur le site représente un important manqué à gagner pour le groupe, qui menaçait de réclamer d’importants dédommagements à l’Etat arménien.

par Garo Ulubeyan le vendredi 16 août 2019
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