RASSEMBLEMENT Rubrique

Pachinian se présente en « représentant direct de la volonté du peuple arménien »


Le Premier ministre Nikol Pachinian a fermement défendu le bilan de son gouvernement vendredi, alors que des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Erevan pour célébrer ses 100 premiers jours de mandat.

Pashinian a prétendu avoir pratiquement éradiqué la corruption en Arménie, assuré la croissance économique continue et établi un régime de « gouvernance populaire » tel qu’il existait dans la Grèce antique. Il a également pointé du doigt les anciens dirigeants du pays, très critiques à l’égard du gouvernement formé à la suite des manifestations de masse du printemps dernier.

« Il y a cent jours, votre volonté a prévalu et la communauté internationale ne comprend toujours pas ce qui s’est passé en Arménie, pourquoi et comment cela s’est passé », s’est exclamé M. Pachinian face à une foule immense place de la République à Erevan. Il s’est qualifié lui-même de « représentant direct de la volonté du peuple arménien ».

"En Arménie, il n’y a pas de gouvernement de coalition. En Arménie, il n’y a pas de majorité parlementaire. En Arménie, le pouvoir suprême appartient directement au peuple et le peuple exerce son autorité directe. Telle est la signification clé de la Révolution qui a eu lieu en Arménie », a-t-il déclaré lors d’un discours d’une heure.

En conséquence, a poursuivi Pachinian, les foules se rassemblant sur la place tentaculaire doivent maintenant être considérées comme « l’organe suprême du pouvoir populaire ». « Cela signifie que désormais ce gouvernement aura des comptes à rendre à cette place, devra lui obéira. Les décisions clés doivent être prises ici, sur cette place », a-t-il annoncé.

« Dans le futur, la République d’Arménie pourrait être citée dans un contexte historique, tout comme la Grèce antique est citée aujourd’hui. Erevan pourrait être un modèle comme l’ancienne Athènes », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne ses 100 premiers jours au pouvoir, M. Pachinian a déclaré que, malgré les récentes turbulences politiques, l’économie arménienne a non seulement évité un ralentissement économique mais continue de se développer grâce aux efforts de son gouvernement pour améliorer le climat des affaires. « Je veux vous assurer que nous aurons de sérieux succès dans l’économie », a-t-il promis.

Pachinian n’a fait aucune prévision de croissance. A la place, il a préféré vanter la répression du gouvernement contre la corruption et l’évasion fiscale. Il a assuré qu’il avait déjà réussi à briser les monopoles économiques qui avaient longtemps entravé une croissance plus rapide. « L’argent volé à la population sera entièrement récupéré », s’est-il félicité, citant des audits récents de certaines entreprises qui ont généré des recettes fiscales supplémentaires de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Le Premier ministre, âgé de 43 ans, a rejeté les affirmations des critiques selon lesquelles les nouvelles autorités effrayaient les investisseurs lors de ces audits et compromettaient les relations stratégiques de l’Arménie avec la Russie : « Je peux affirmer avec certitude que les relations russo-arméniennes non seulement ne sont pas mauvaises, mais qu’elles sont même bonnes et meilleures ».

Dans ce qui a été perçu comme un conflit diplomatique avec Erevan, Moscou a vivement critiqué le mois dernier les accusations criminelles portées contre plusieurs anciens responsables arméniens pour leur rôle présumé dans le démantèlement meurtrier des manifestations de l’opposition de 2008 dans la capitale arménienne. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé la motivation politique cachée derrière ces accusations.

Parmi les accusés figurent l’ancien président Robert Kotcharian et Youri Khachatourov, secrétaire général de l’Organisation du traité de sécurité collective dirigée par la Russie. Les deux hommes nient fermement les accusations. Kotcharian a prétendu qu’ils étaient l’objet d’une « vendetta » politique menée par le nouveau gouvernement.

En référence à Kotcharian, Pachinian a déclaré vendredi : « Je tiens à préciser que personne n’évitera de faire face à sa responsabilité de tuer 10 personnes et d’avoir organisé un coup d’Etat en Arménie le 1er mars [2008] ... Tous les meurtriers iront en prison. » Il a défendu l’enquête criminelle en cours sur les troubles de 2008 faite par le Service spécial d’enquête (SIS).

Kotcharian a été arrêté le 27 juillet pour « renversement de l’ordre constitutionnel ». La cour d’appel d’Arménie l’a libéré de sa détention provisoire deux semaines plus tard. Le SIS a condamné la décision du tribunal comme étant « illégale ».

Dans son discours enflammé, Pachinian a de nouveau insisté sur le fait que son administration n’exerce aucune pression sur les tribunaux. Pourtant, il a critiqué des juges (sans les nommer) qui, selon lui, prennent encore « des ordres de représentants des anciennes autorités corrompues ». « Revenez au bon sens et ne vous moquez pas des gens », les avertit-il.

Pachinian a été élu Premier ministre le 8 mai par le Parlement arménien alors contrôlé par le Parti républicain (HHK) de l’ancien président Serge Sarkisian, qui a été contraint de démissionner le 23 avril. Le programme politique de son gouvernement prévoit la tenue d’élections anticipées dans un délai d’un an. En vertu de la Constitution de l’Arménie, de telles élections ne peuvent être organisées que si le Premier ministre démissionne et que l’Assemblée nationale n’arrive pas à deux reprises à choisir son remplaçant.

M. Pashinian a évoqué vendredi pour la première fois la possibilité que le HHK et d’autres forces parlementaires installent un autre Premier ministre et empêchent ainsi les élections anticipées en cas de démission. Il a déclaré que son équipe politique proposerait donc des amendements constitutionnels qui permettraient au Parlement de se dissoudre. Il a demandé à ses partisans d’être prêts à obliger les députés à adopter ces amendements. Mais il n’a donné toujours aucune date de scrutin possible.

par Claire le lundi 20 août 2018
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