TURQUIE/ETATS-UNIS Rubrique

S-400 : l’ultimatum américain va à l’encontre de « l’esprit de l’Alliance »


Ankara, 13 juin 2019 (AFP) - L’ultimatum écrit adressé la semaine dernière
par Washington à Ankara au sujet de l’achat par la Turquie de batteries de
missiles S-400 russes est « déplacé » et contraire à « l’esprit de l’Alliance »
atlantique, a répliqué jeudi le ministre turc de la Défense.
Au cours d’un entretien téléphonique avec le chef du Pentagone, Patrick
Shanahan, le ministre turc, Hulusi Akar, "a insisté sur la formulation
déplacée et qui n’est pas conforme à l’esprit de l’Alliance" atlantique dont
leurs deux pays sont membres, selon un communiqué du ministère de la Défense.
M. Shanahan a adressé vendredi une lettre à son homologue turc donnant à la
Turquie jusqu’au 31 juillet pour renoncer à l’achat de systèmes de défense
antiaérienne russes S-400 que Washington considère comme incompatibles avec le
nouvel avion furtif américain F-35 qu’Ankara veut aussi acquérir.
Si, d’ici à cette date, la Turquie n’a pas renoncé aux S-400, les pilotes
turcs s’entraînant actuellement aux Etats-Unis sur le F-35 seront expulsés,
d’après Washington.
Le personnel turc du consortium international qui fabrique le F-35 sera
alors remplacé et les contrats de sous-traitance attribués à des entreprises
turques pour la fabrication du F-35 seront annulés.
Les bureaux du consortium seront interdits au personnel des forces
aériennes turques et les quatre appareils déjà achetés par la Turquie mais
encore sur le sol américain ne seront pas livrés, avait expliqué la semaine
dernière à la presse Ellen Lord, la ministre adjointe de la Défense chargée
des acquisitions.
En dépit des mises en garde des Etats-Unis, les responsables turcs, au
premier rang desquels le président Recep Tayyip Erdogan, refusent de faire
machine arrière sur l’achat des missiles russes, qui doivent être livrés en
juillet.
Le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin, s’est lui aussi élevé contre
l’ultimatum américain, soulignant qu’il s’était entretenu jeudi à ce sujet
avec le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton.
"Le fait que la lettre (d’ultimatum) a fuité pratiquement au même moment où
elle nous a été envoyée dénote un manque de sérieux", a déclaré M. Kalin,
avant d’ajouter que la Turquie répondrait au courrier américain d’"une façon
appropriée".
Il a néanmoins déclaré que les négociations se poursuivaient entre Ankara
et Washington, appelant les Etats-Unis à « revenir sur leur attitude » afin de
ne pas « endommager de façon durable » les relations bilatérales.
Complétant le chœur des protestations turques, le ministre des Affaires
étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a affirmé jeudi que "personne ne peut adresser
d’ultimatums à la Turquie".
Il a également réitéré la volonté turque d’instaurer un "groupe de travail
commun" pour régler ce différend, assurant que le président américain Donald
Trump s’était dit favorable à un tel projet mais qu’il était rejeté par
« certaines institutions » américaines.

par Ara Toranian le vendredi 14 juin 2019
© armenews.com 2019


 

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