ARMENIE Rubrique

Première séance du procès de Robert Kotcharian à Erevan


Un tribunal de Erevan a accueilli lundi 13 mai la première séance du procès historique de l’ancien president Robert Kotcharian, accusé de violation de l’ordre constitutionnel lors de la repression post-électorale de mars 2008 de Erevan, un chef d’accusation pesant aussi sur trois de ses anciens collaborateurs comparaissant devant la justice arménienne. Cette première audience d’un procès-fleuve, si l’on en juge au nombre impressionnant de témoins qui seront appelés à la barre, a porté essentiellement sur les récentes demandes formulées par les avocats de la defense en vue de la liberation de R. Kotcharian jusqu’à l’énoncé du verdict de son procès. R.Kotcharian, qui avait été libéré une première fois le 13 août au nom de son immunité d’ancien president après deux semaines d’emprisonnement, a été placé en detention provisoire le 6 décembre 2018, soit trois jour savant la tenue des élections législatives anticipées qui ont confirmé N.Pachinian à la tête du pouvoir arménien, contrairement aux trois autres anciens responsables poursuivis par la justice arménienne pour les mêmes chefs d’accusation, qui comparaîtront libres pour leur part. L’ex-président était donc le seul des quatre anciens responsables inculpés dans le cadre de cette affaire à comparaître lors de cette première audience. Les autres accuses sont l’ancien chef de cabinet présidentiel Armen Gevorgian et les généraux à la retraite Seyran Ohanian et Yuri Khachaturov.

R.Kotcharian est apparu décontracté et souriant, autant que faire se peut, et semblait plutôt détendu lorsqu’il a discuté avec ses avocats profitant d’une courte pause Durant l’audience. On l’a vu aussi saluer la vingtaine de supporters qui avait empli la salle du tribunal en scandent “President” ! Une marque de soutien d’autant plus appréciable pour l’ancien président qu’il avait annoncé dans une interview, peu de jours avant l’ouverture de son procès, qu’il entendait bien prendre part à cette opposition politique dont il se disait convaincu qu’elle se mobiliserait bientôt contre N.Pachinian, dont il critiquait le bilan, en se posant victime d’une “vendetta politique” orchestrée par le nouveau pouvoir. Cette poignée de partisans de l’ancien president n’allait pas tarder à en découdre avec un détracteur de R.Kotcharian qui cherchait à pénétrer dans la salle du tribunal. La police a dû intervenir pour éviter que l’altercation ne dégénère en pugilat.

Plus tôt dans la même journée, les partisans de R. Kotcharian rassemblés devant le tribunal s’en étaient pris à Vardgez Gaspari, un militant bien connu qui brandissait une pancarte portant l’inscription pour le moins explicite “Robik assassin”. L’un des partisans de “Robik” avait déchiré la pancarte tandis qu’un autre tentgait de porter des coups à Gaspari avec une bouteille. La police avait dû expulser les protagonistes de cette altercation hors de l’enceinte du tribunal, une mesure jugée insuffisante par Gaspari, qui reprochera leur impassibilité aux officiers de police presents sur les lieux.

Kotcharian, Gevorgian, Ohanian et Khachaturov sont accuses de “renversement de l’ordre constitutionne” dans le cadre des operations de maintien de l’ordre dont ils avaient la charge après les élections présidentielles controversées de février 2008. Les responsables de l’enquête sur ces événements tragiques qui avaient coûté la vie à 8 manifestants et deux policiers, rouverte après l’arrivée au pouvoir de N.Pachinian en mai 2018, affirment que les quatre anciens responsables auraient fait appel, en violation de la Constitution, aux unités de l’armée arménienne pour réprimer les manifestations organisées à l’appel du principal candidat de l’opposition, l’ancien président Levon Ter-Petrossian, qui revendiquait la victoire en invoquant les fraudes électorales massives ayant entaché le scrutin.

Les quatre inculpés récusent avec vehemence de telles accusations. R. Kotcharian a répété à plusieurs reprises qu’elles s’inscrivaient dans une “vendetta” politique orchestrée par le premier ministre Nikol Pachinian en personne. Le fils cadet de R.Kotcharian, Levon, a utilisé la même ligne de defense en s’exprimant devant les journalistes de RFE/RL dans le tribunal. “J’estime que ces accusations ne sont qu’une vengeance personnelle”, a-t-il déclaré en ajoutant : “De nombreux faits existent, qui donnent raison aux arguments avancés par mon père, nos avocats et confirment ce que nous avançons”. N.Pachinian était au nombre des orateurs les plus virulents lors des manifestations de 2008, et était même considéré comme l’un de leurs meneurs, pour avoir soutenu activement la campagne de L. Ter Petrossian, dont il était alors l’allié politique. Il devait payer cet engagement d’une condamnation à 11 années d’emprisonnement pour “troubles massifs” à l’ordre public, selon les termes de la justice arménienne de l’époque, qui jetait en prison des centaines d’opposants accusés d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale et d’avoir participé à une tentative de coup d’Etat ; après un séjour de quelque deux années en prison, N.Pachinian sera libéré à la faveur d’une amnistie décrétée par l’ancien président Serge Sarkissian.

N. Pachinian, s’il a de fait joué un rôle majeur dans la réouverture d’une enquête qui avait été fermée par le pouvoir precedent, qui avait rejeté la responsabilité des violences sur les manifestants, a toutefois catégoriquement nié quelque interference dans le cours de cette enquête. Une enquête qui prend donc un cours nouveau et qui fait porter à R.Kotcharian l’entière responsabilité de ces violences, ainsi qu’à ses trois co-accusés, suspectés d’avoir exécuté son ordre de faire intervenir l’armée. Khachaturov excerçait la fonction de vice-ministre de la defense, alors que Ohanian était à la même époque le chef d’état major des armées arméniennes. A ce titre, Ohanian n’a eu de cesse de clamer son innocence, en niant que l’armée soit intervenue à quelque niveau que ce soit dans le processus politique post-électoral. Mais les chefs d’accusation visant R.Kotcharian se sont aggravés en début d’année, le procès politique s’élargissant à un procès pour faits de corruption. L’ancien president a été en effet accusé d’avoir perçu la somme de 3 millions de dollars d’une femme d’affaires arménienne, Silva Hambardzumian. Selon les procureurs, S. Hambardzumian aurait aussi versé 1 million de dollars sous forme de commissions à Gevorgian, qui devait être nommé vice-premier ministre après la passation de pouvoirs des mains de R.Kotcharian à Serge Sarkissian, alors son dauphin, en avril 2008. MM.Kotcharian et Gevorgian ont récusé avec la même véhémence les accusations de corruption.

par Garo Ulubeyan le mardi 14 mai 2019
© armenews.com 2019


 

CET ARTICLE VOUS A PLU ?  POUR AIDER LE SITE A VIVRE...

 
Thèmes abordés