THEATRE Rubrique

Serge Bagdassarian campe un Federico Fellini en pleine crise existentielle


« Je suis un artiste, je ne peux pas être mort. Je n’ai pas tout dit, je n’ai pas tout fait », lâche Serge Bagdassarian sur scène, donnant ses traits et son charisme à un Federico Fellini en plein questionnement sur la vie et les traces qui restent pour un créateur.

1965. Alors que le réalisateur est en plein succès, notamment grâce à Huit et demi, l’artiste italien se lance dans l’écriture d’un film laïc sur la vie après la mort. « Le voyage de G. Mastorna est le projet le plus ambitieux, le plus mystérieux, le plus noir que j’aie jamais tenté de réaliser », dira Fellini. Car jamais ce film ne verra le jour. Dans le scénario original, le film s’ouvre sur l’intérieur d’un avion, pris dans une tempête, et qui forcé d’atterrir.

La pièce de théâtre mis en scène par Marie Rémond au Théâtre du Vieux Colombier de la Comédie française reprend cette scène, dans laquelle on découvre Laurent Lafitte qui prête ses traits à Marcello Mastroianni, jouant le rôle de Mastorna. « Il n’était pas question de monter ce scénario - ce qui serait revenu à vouloir mettre en scène les images que Fellini n’a pas tournées - mais de le faire résonner avec l’histoire du tournage », explique la metteure en scène. L’adaptation théâtrale se concentre donc sur les quelques jours de préparation du tournage du film par Fellini, qui reprend vie grâce au talentueux Serge Bagdassarian sur scène avant même le début de la représentation. L’équipe s’active à préparer les essais du tournage, tandis que le cinéaste sombre progressivement dans un doute artistique qui confine à la crise existentielle. Entre les échanges avec son producteur, les malédictions proférées par le mage Gustavo Rol (« Si tu fais ce film, tu vas mourir »), les déconvenues quotidiennes, ses rêves et ses pensées décousues, tout semble faire obstacles à la réalisation de ce qui s’annonçait comme l’un de ses plus grands projets...

Ou comment, entre réel et fiction, entre plateau de cinéma et de théâtre, cette pièce de 2h nous entraîne dans une quête d’un double insaisissable, d’un démon intérieur, grâce à la prestation impeccable de Serge Bagdassarian qui, sans plagier le réalisateur italien, lui donne une grandeur et une complexité saisissante, renforcées par le dispositif scénique bifrontal qui permet de produire une sensation d’enfermement du personnage pris en étau par les spectateurs.

Texte : Claire Barbuti / Photos : Vincent Pontet

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Jusqu’au 5 mai au Théâtre du Vieux Colombier (Comédie Française) - 21 rue du Vieux Colombier - 75006 Paris
Le voyage de G. Mastorna
D’après Frederico Fellini, Mis en scène par Marie Rémond
Avec Serge Bagdassarian, Laurent Lafitte, Alain Lenglet, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Jennifer Decker, Yoann Gasiorowski.

par Claire le dimanche 7 avril 2019
© armenews.com 2019


 

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