POLITIQUE

L’ancien conseiller de Kotcharian également poursuivi


Citant une fuite d’un câble diplomatique américain, un organisme arménien d’application de la loi a accusé Armen Gevorgian, ancien haut fonctionnaire de l’ancien président Robert Kocharian, d’avoir fait entrave à la justice à la suite de l’élection présidentielle contestée de 2008 en Arménie.

Gevorgian était le chef de l’état-major présidentiel lors du scrutin de février 2008 qui a déclenché des violences meurtrières dans les rues d’Erevan. Il a ensuite été vice-premier ministre arménien et a occupé d’autres postes de haut niveau dans l’administration du successeur de Kocharian, Serge Sarkisian.

Le Service spécial d’enquête (SIS) n’avait pas arrêté Gevorgian vendredi au moment où il a rendu publique sa décision de le poursuivre. Le chef du SIS, Sasun Khachatrian, a déclaré que l’ancien fonctionnaire est accusé d’avoir fait pression sur un membre de la Cour constitutionnelle arménienne pour qu’il maintienne les résultats officiels des élections qui ont donné la victoire à Sarkisian.

Le juge, Valeri Poghosian, avait rencontré des représentants de l’ambassade des États-Unis à Erevan le 6 mars 2008, deux jours avant que le tribunal ne rejette l’appel interjeté par Levon Ter-Petrosian, le principal candidat à la présidence de l’opposition. Le chargé d’affaires américain à Erevan d’alors, Joseph Pennington, avait livré un compte rendu détaillé de la réunion « secrète » dans un câble diplomatique à Washington, lequel a ensuite été rendu public par WikiLeaks.

Selon Pennington citant Poghosian, Kocharian avait « corrigé » la décision de la Cour constitutionnelle à venir contre Ter-Petrosian. « Poghosian a déclaré avoir été contacté par téléphone et convoqué à la présidence par quelqu’un parlant au nom du chef de cabinet du président », a écrit le diplomate de haut rang. Le juge, a-t-il rapporté, a également affirmé que l’administration présidentielle «  menaçait de licencier son frère qui y travaille si Poghosian ne répondait pas à la convocation  ».

Selon Khachatrian, le SIS a examiné le message classifié et l’a trouvé « justifié ». « Il a été en effet corroboré qu’Armen Gevorgian a essayé, avec un autre fonctionnaire, d’exercer des pressions sur Valeri Poghosian », a déclaré le chef du SIS à la télévision publique arménienne.

Cependant, Poghosian, qui a pris sa retraite en 2014, n’a pas assumé les propos qui lui ont été attribuées, lors d’un entretien avec le service arménien de RFE/RL (Azatutyun.am) lundi. Il a indiqué au contraire ne pas avoir fait part de pressions de la part du personnel de Kocharian, lors de son interrogatoire récent par les enquêteurs du SIS.

« Je n’ai pas dit une telle chose. Je leur ai dit certains faits qu’ils interprètent comme des pressions », a déclaré l’ancien juge qui n’a pas assisté aux audiences de la Cour constitutionnelle sur l’appel de Ter-Petrosian. Il a refusé de révéler ces « faits ».

Lorsqu’on lui a demandé si lui-même ou son frère avaient subi des pressions de la part du président arménien sortant en mars 2008, M. Poghosian a déclaré : « Je n’ai pas donné un tel témoignage », insistant sur le fait qu’il n’a jamais rencontré Gevorgian.

Poghosian s’est également plaint : « Le SIS a-t-il pensé à ma sécurité avant de publier mon nom ? Suis-je un outil et non un être humain pour eux ? »

Poghosian était proche de Ter-Petrosian lorsque ce dernier est devenu le premier président de l’Arménie en 1991. Il a été ministre de l’Intérieur et de la Sécurité nationale avant d’être nommé en 1996 membre de la Cour constitutionnelle nouvellement créée.

Rien ne dit que Gevorgian, 45 ans, plaidera coupable à l’accusation portée contre lui. L’ancien vice-premier ministre n’a pas encore fait de déclarations publiques.

Cette affaire d’obstruction au bon déroulement de la justice s’inscrit dans le cadre de l’enquête plus large du SIS sur la répression violente, les 1er et 2 mars 2008, des manifestations antigouvernementales ininterrompues organisées par l’opposition dirigée par Ter-Petrosian et exigeant de nouvelles élections. Huit manifestants et deux policiers avaient été tués.

Kocharian a été arrêté le mois dernier pour « renversement de l’ordre constitutionnel ». Il nie les accusations et les estime politiquement motivées.

Le Premier ministre arménien Nikol Pashinian est un ancien allié de Ter-Petrosian qui a joué un rôle clé dans les manifestations post-électorales de 2008. Sous le règne de Sarkisian, il a passé près de deux ans en prison pour avoir organisé des « troubles de masse ». Pashinian a nommé Khachatrian à la tête du SIS et a demandé aux forces de l’ordre de tirer au clair ces dix meurtres, peu après son arrivée au pouvoir lors d’une vague de protestations de masse en mai.

par Ara Toranian le mardi 7 août 2018
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