Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Adieu camarade : mort de Raffi Stéphane Indjeyan


Son coeur, qu’il avait sollicité plus que de raison durant toute sa vie, a fini par le lâcher. Raffi Stéphane indjéyan, figure militante de la contestation des années 70 et acteur du réveil arménien qui en était né, est mort vendredi 21 juillet à l’hôpital de la Roche-sur-Yon, en Vendée, à l’âge de 63 ans. Son décès qui tourne une nouvelle page de l’histoire récente du peuple arménien, emplit de tristesse la rédaction de NAM dont il était membre fondateur et toute la mouvance engagée du peuple arménien, de Paris à Stépanakert, en passant par le Liban ou sa quête de justice pour le peuple arménien l’avait emmené à la rencontre des combattants de l’ASALA. Mais celui qui était devenu un ami de Monté Melkonian, d’Alec Yénicomechian, de Mardiros Jamgotchian, des héros de l’Opération Van avec lesquels il s’était entrainé dans la plaine de Bekaa en 1981, avait aussi été dix ans plus tôt un compagnon de route des Serge July, Benny Lévy (Alias Pierre Victor), Alain Geismar et des autres dirigeants de « la gauche prolétarienne » dont il avait rejoint la mouvance.

Un engagement de jeunesse, typique de sa génération, qui l’avait formé politiquement, lui donnant, au contraire d’un carcan idéologique, un sens critique aiguisé et un amour éperdu de la liberté, du libre arbitre, de la justice, mais aussi de la vie et de la fête, dans toutes ses dimensions. Car loin d’être un militant austère, « Steph », à l’image de la génération post 68, non seulement cultivait, mais aussi revendiquait l’hédonisme de cette époque caractérisée par la mise en cause de l’ordre établi, de l’ordre moral, l’aversion pour toute forme d’autoritarisme et l’affirmation de son individualité. Ce qui ne l’a jamais empêché, tant s’en faut, de s’impliquer très loin dans l’action collective, dès lors qu’elle participait de sa réalisation personnelle, laquelle passait aussi et surtout par la justice pour les siens. On ne saurait résumer en quelques lignes la vie étonnante de ce « gauchiste », « arménien » jusqu’au bout des ongles, jusqu’au fond du coeur.

Quelques repères cependant : membre de la « GP » il s’était rapproché du renouveau de la jeunesse arménienne à l’occasion d’un meeting fondateur et incroyablement audacieux, organisé en 1973 à la cité universitaire par l’Union des Etudiants Arméniens d’Europe. Son titre : « 3 peuples en lutte - Arménien, Kurde, Turc ». Une provocation pour l’époque. Il avait ensuite rejoint « Libération Arménienne », dont il était l’une des figures, puis participé à l’aventure de « Hay Baykar » (combat arménien), mensuel emblématique de cette période, qui pendant des années s’est fabriquée la nuit dans les locaux de Libération où il travaillait comme photograveur. Vers minuit bien sonné, quand l’équipe du quotidien avait quitté les lieux, Steph ouvrait alors ses portes à celle de Hay Baykar. Lui et son ami et complice Hamza Bouziri ( alias Ali, immigré djerbien sans papier, membre de la GP) maquettiste à Libé, prenaient alors part à la mise en page du journal jusqu’au petit matin. Bénévolement, cela va sans dire, pendant des années.

JPEG - 87.6 ko
Steph, devant les locaux de Libération. Photo de Christian Poulin pour Libération.

Stephane a ensuite participé à la fondation du MNA, s’est engagé dans l’ASALA, a fait de la prison pour avoir fabriqué des faux passeports à ses militants, a rallié la scission dans l’organisation à la suite de sa « dégénérescence terroriste » caractérisée entre autres par l’attentat d’Orly. Il sera également à la création de Nouvelles d’Arménie au début des années 90, rejoindra en tant que caméraman Monté Melkonian au Haut Karabagh ( on lui doit des images sublimes du héros), s’impliquera naturellement dans toutes les mobilisations arméniennes qui se sont succédées depuis, dont la lutte pour la reconnaissance du génocide par la France. Doté d’un sens inné de la formule et de « l’agit-prop », il avait trouvé le slogan « La Turquie massacre, le Sénat enterre » qui figurait sur la banderole disposée derrière la « tente » plantée en l’an 2000 pendant plus d’un semestre à l’angle de la rue de Condé, en face du Palais du Luxembourg. Une permanence qu’il assuré pendant des mois, en alternance avec ses camarades Achod et Jean de l’ASPA et ceux du comité du 24 avril (JAF- FRA- ANACRA etc.).

Comme beaucoup de militants de cette séquence révolutionnaire, qui avait vampirisé toute l’énergie de ses membres, Steph, prenant la vie comme elle venait, s’était peu soucié de ses revenus et de sa « retraite ». Bien lui en a pris, il n’en aurait de toute façon pas profité.

Le ciel était bas vendredi en Vendée quand ce témoin essentiel de cette période a rejoint dans l’autre monde ses amis Monté Melkonian, Pierre Gulumian et tous ceux connus ou inconnus qui nous ont quittés. Il est parti sans pouvoir dire adieux à ses deux enfants Dikrane et Vanig, à leur mère, Christine, à ses parents, à ses fidèles compagnons. Nous laissant tous dans un immense chagrin.

Ara Toranian

JPEG - 62.4 ko
JPEG - 1.8 Mo
samedi 22 juillet 2017,
Ara
ANCIENS
EDITORIAUX









Que font les puissances ?
7 novembre 2009

Tué le 24 avril 2011
30 mai 2011


Armenews change de look
3 septembre 2007


Obama : partie remise
25 avril 2009






Bonne année 2010
1er janvier 2010









Les maîtres chanteurs
17 avril 2013




Protocoles : le bon timing
27 avril 2010









Bravo François Hollande
28 septembre 2011



Massacre à Paris
14 novembre 2015



L’explosion des cités
5 décembre 2005










NAM face à la crise
5 février 2015

L’influence de l’argent roi
28 février 2013




L’avant et après CCAF
16 février 2016



Merci François Hollande
3 février 2016









L’engrenage et la diaspora
31 juillet 2016





Une histoire de fous
4 septembre 2016


A Charlie Hebdo
8 janvier 2015

Armenews change
3 octobre 2012












Leur morale et la nôtre
26 mars 2013









Vive l’Arménie !
6 octobre 2016







Stupeur et tremblement*
31 octobre 2011



Le Munich bruxellois
19 décembre 2004



L’Histoire en panne
8 avril 2009

Le prix de la liberté
13 mai 2010






APCE : Droits humains à vendre
30 décembre 2016












Des vertus de la guerre
1er février 2010






Indépendance de la presse
1er juillet 2011







La Realpolitik du Pape
14 mai 2008








Dilemme marseillais
3 juin 2017




THEMES ABORDES :
France