Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Et après ?


« De l’audace ! Encore de l’audace ! Toujours de l’audace ! ». Visiblement Nikol Pachinian a étudié Danton. Depuis le déclenchement de sa révolution de velours, il renverse un à un tous les obstacles. Rien n’a résisté à sa formidable ascension. A commencer par ses alliés de la coalition Yelk qui s’étaient déclarés contre le lancement de sa longue marche sur Erevan. Et pour finir avec le parti Républicain, qui a annoncé mercredi 2 mai qu’il rendait les armes et voterait pour sa nomination au poste de Premier ministre.

Mais sa réussite la plus spectaculaire reste d’avoir obtenu la démission de Serge Sarkissian. Ainsi l’indéboulonnable président, pour la reconduction duquel on avait été jusqu’à changer la constitution, a préféré capituler six jours à peine après avoir pris ses fonctions de chef de l’exécutif. Du jamais vu !

Mais, au-delà du dégagisme, le plus fabuleux exploit du marcheur à casquette a été sans conteste d’avoir catalysé cet incroyable réveil du peuple arménien.

Voilà une population qu’on disait résignée à son sort, passive, dépressive et qui d’un seul coup d’un seul s’est révélée révolutionnaire, dans un véritable sursaut démocratique. Des foules en liesse, jamais aussi nombreuses depuis le grand mouvement de désoviétisation ont envahi la place de la République et les rues alentours, dans une impressionnante marée humaine qui a tout emporté sur son passage.

Qui l’eut dit ? Ni les plus proches alliés de Pachinian, ni les caciques de l’opposition radicale, qui ont d’ailleurs disparu de la circulation...Mais c’était sans compter sur l’étonnante capacité de résilience du peuple arménien qui, décidément, devrait ajouter le phénix à ses armoiries nationales. Mille fois donné pour mort et mille fois ressuscité, il vient une fois encore faire la démonstration de sa soif de liberté, et de l’extraordinaire vitalité de sa jeunesse qui a joué un rôle fondamental dans cette révolution.

On avait perçu les signes avant-coureurs de cette énergie il y a quatre ans avec la résistance aux hausses des prix du transport, il y a trois ans avec le mouvement « électrique Erevan », il y a deux ans avec la mobilisation populaire sur le front durant la guerre des 4 jours ou les grandes manifestations de masses venues en soutien aux Sasna Tserer. Déjà le fameux « Mèrjir Sergin », scandé dans les rues par 20 000 personnes à la fin juillet 2016 avait fait trembler les murs d’Erevan et vaciller le pouvoir. Mais l’heure n’était pas encore arrivée.

Cette prise d’otage désespérée avait réussi à cristalliser la colère. Non à susciter l’adhésion, et encore moins l’espoir. Au contraire, prêtant le flanc à la répression, cette opération suicide s’était soldée par l’annihilation de toute la contestation radicale, balayée, réduite à néant.

Moins d’un an plus tard, les législatives de mars 2017, sanctionnaient l’échec des agitateurs et annonçaient le triomphe du parti républicain. Seule rescapée d’une opposition sans imagination ni perspective, la coalition Yelk parvenait à sauver les meubles en faisant élire 9 de ses membres à l’Assemblée nationale. Assez pour préserver un minimum de visibilité. Insuffisant pour changer quoi que ce soit.

Le génie de Pachinian, incontestablement plus a l’aise en treillis qu’en costume cravate, est d’avoir encore cru en la possibilité de déplacer le terrain de jeu dans la rue, dans un formidable coup de poker gagnant. Comme avant lui, mutatis mutandis, Sahkachvili en Géorgie, Tsipyras en Grèce, et pour remonter plus loin, Vaclav Avel l’inventeur de la révolution de velours en Tchécoslovaquie ou... Lévon Ter Petrossian en Arménie...

Pachinian s’est déjà hissé à cette hauteur, devant un monde pris de cours et médusé. Reste tout de même à transformer l’essai. On entend les éternels grincheux murmurer que c’est une chose de craquer une allumette dans une poudrière sociale et que cela en sera une autre de résoudre les raisons de la colère : un taux de chômage à 18%, un seuil de pauvreté autour de 30 %, la corruption qui met l’Arménie à la 117e place sur 176 pays au classement de transparency international, sans compter la question de la guerre qui fait peser une épée de Damoclès sur la jeunesse.

Mais en réalité, personne n’attend du « leader d’en marche » qu’il change le plomb en or. Et il ne promet d’ailleurs pas de raser gratis. Ce qu’il a réussi est déjà en soi extraordinaire : redonner l’espoir d’une dignité retrouvée à un peuple broyé par une caricature de capitalisme sauvage, privé de justice sociale, de droit du travail et surtout de maîtrise de son destin. Nous l’avions écrit en ces pages : à quoi sert-il d’être arménien, de vivre en Arménie, de parler l’arménien, si c’est dans son pays, dans sa langue et par les siens que l’on perd sa dignité d’homme ?

La tâche la plus urgente sera bien sûr d’instaurer la confiance, de recréer du lien entre les citoyens et leurs institutions à travers l’organisation d’un scrutin incontestable. Et puis dans la foulée de s’atteler à tous les chantiers relatifs à la corruption, à la justice sociale et enfin à la question des emprisonnements abusifs.

En tout cas le champ des possibles, comme on dit, n’a jamais été aussi ouvert. Même si la réaction n’a pas dit son dernier mot, rien ne sera plus jamais comme avant.

vendredi 4 mai 2018,
Ara
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