Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Nalbandian : rendre à César

Il est plus facile de faire rayonner une grande puissance qu’un petit État pauvre et enclavé. Surtout lorsque celui-ci est en butte à des voisins réputés riches et importants qui conspirent à sa perte. Eu égard à cette donne, la diplomatie arménienne a d’autant plus de mérite à faire valoir les atouts du pays. Et à marquer des points. La signature, le 25 novembre, de l’accord de partenariat global et renforcé (CEPA) avec l’Europe, suivi le lendemain de l’annonce officielle de l’organisation du 17e sommet de la francophonie à Erevan, sont à mettre au crédit de cette politique proactive d’ouverture. Un savoir-faire dont Édouard Nalbandian avait déjà fourni un échantillon lorsqu’il était ambassadeur d’Arménie en France. Tout le monde se souvient de son rôle déterminant dans la mise en place de l’ « année de l’Arménie » en 2006. Une décision obtenue en dépit des pressions des frères jumeaux du panturquisme, les régimes de Bakou et d’Ankara, qui n’avaient pu arracher en « compensation » - car le prédateur ne lâche jamais sa proie - qu’une « saison » de la Turquie en France, trois ans plus tard. Ce lot de consolation n’avait toutefois entraîné aucune méprise sur la leçon à tirer de la situation : même dans une France en crise, le cœur a ses raisons que la raison ignore, surtout quand elle tente de s’imposer comme celle du plus fort...

Ce sommet de la francophonie, qui rassemblera à Erevan, les 11 et 12 octobre, 70 chefs d’État et de gouvernement, dont Emmanuel Macron, placera deux jours durant l’Arménie sous le feu des projecteurs. Il permettra non seulement de sortir la nation de l’isolement dans lequel le panturquisme voudrait l’enfermer, mais aussi d’attirer l’attention sur tout ce qu’elle représente en termes de civilisation, d’histoire, de symboles, de résilience et également de potentiel économique. Car si l’Arménie n’a pas de pétrole, elle a des idées, une force de travail et des réseaux internationaux qui, de Paris à Beyrouth en passant par Genève, Bruxelles et Montréal, lui tiennent avantageusement lieu d’oléoducs, surtout en matière de francophonie... Autant d’atouts qu’Édouard Nalbandian, adepte s’il en est de la langue de Molière, a su mettre en exergue, pour le plus grand bénéfice du pays. Tirer profit de toutes ses forces, aller de l’avant, s’ouvrir vers l’Europe et le monde sans toutefois ne jamais contrevenir à ses attaches dans la région, tels sont les axes de cette diplomatie arménienne, multivectorielle, qui s’inscrit dans le droit fil de la tradition historique du pays : celle de pont entre l’Orient et l’Occident. Eu égard aux contraintes locales, il n’allait pas forcément de soi que l’Arménie puisse ainsi renouer avec son destin géopolitique. Mais, quatre ans après le veto opposé par Poutine à un accord de libre-échange avec l’UE, il apparaît que les choses ont évolué. L’Arménie a eu l’intelligence politique de revoir techniquement sa copie avec l’Europe pour la rendre compatible avec ses obligations envers l’Union douanière eurasienne dont elle est membre. Et, dans une sorte de macronisme avant la lettre, elle a réussi à faire comprendre à ses interlocuteurs de Bruxelles comme de Moscou qu’on pouvait adhérer « en même temps » à leurs deux systèmes d’alliances sans porter préjudice à aucun, mais en jetant au contraire les bases d’une nouvelle synergie est-ouest qui gagnerait à se développer. Il s’agit d’une première, qui mérite d’autant plus d’être saluée comme telle qu’Ankara exacerbe de son côté les antagonismes internationaux, tout en tentant d’étouffer l’Arménie.

Enfin, last but not least, il faut aussi ajouter au crédit de cette diplomatie, qui conjugue souplesse et fermeté, deux réalisations importantes. Sur le front de l’Artsakh, son chantier fondamental qui détermine tous les autres, elle fait montre depuis des années d’un beau sang-froid dans l’art de faire durer les carreaux fêlés, malgré la politique de la canonnière pratiquée par l’Azerbaïdjan. Ce qui n’est pas un mince exploit. Quant au front avec l’État turc, Nalbandian vient également de clore une parenthèse, avec l’abrogation annoncée à Athènes le 14 décembre des protocoles arméno-turcs. Faisant preuve d’un rare esprit d’ouverture, Erevan avait accepté en 2009 les accords de Zurich, démontrant ainsi sa volonté de donner une chance au dialogue, en dépit de l’indicible. Le lendemain même de leur signature, Ankara avait subordonné la ratification de ces protocoles à une condition supplémentaire et inédite : un règlement du conflit du Karabagh conforme aux intérêts de Bakou. Erdogan, enfant chéri de l’Europe à l’époque, jetait le masque, montrant pour la première fois clairement son adhésion à un nationalisme turc dont il feignait jusqu’alors de vouloir s’éloigner. La suite des événements n’a fait hélas que confirmer ce que la palinodie post-Zurich avait laissé entrevoir de la nature politique réelle du dirigeant turc. Plus personne ne s’illusionne aujourd’hui sur son compte. Le moment était venu donc de mettre fin à cette mascarade. Bravo à Édouard Nalbandian d’avoir su en tirer les conséquences à point nommé.

Ara Toranian

jeudi 11 janvier 2018,
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