Nouvelles d'Armenie    
EDITORIAL
Législative à Antony : Patrick Devedjian cible de l’hypernationalisme turc


Le communautarisme le plus étroit, sous-tendu par une arménophobie manifeste vient de faire une entrée fracassante dans l’élection législative partielle qui va se dérouler les 9 et 16 décembre dans la 13e circonscription des Hauts-de-Seine (Antony, Chatenay Malabry, Bourg-la-Reine et Sceaux).

Le site Turquie-News et une mystérieuse association dénommée « civic », s’adressant exclusivement à « la communauté franco-turque » de cette zone, lui demandent de voter « massivement » pour Julien LANDFRIED, candidat de la majorité présidentielle et ce dans le seul et unique but de faire battre Patrick Devedjian (UMP), désigné comme « le plus turcophobe des politiciens français qui a fortement soutenu le projet de loi “Boyer“ relatif à la pénalisation de la négation du génocide arménien » et « qui a été l’avocat officiel de l’ASALA ». Dixit.

Cette prise de position scandaleuse à plus d’un titre appelle un certain nombre de commentaires. Tout d’abord par ses motivations qui se résument à un objectif : tuer politiquement Patrick Devedjian, qui est l’un des plus illustres élus français d’origine arménienne. Triste ambition. En se mobilisant pour stigmatiser un homme connu pour sa filiation avec une famille rescapée du génocide de 1915 ( du côté de son père), ces organisations se situent en effet dans la sinistre tradition de haine qui avait présidé à ces événements. Compte tenu du poids de l’histoire, et quand on se réclame d’une identité turque, la moindre des choses ne serait-elle pas de faire preuve d’une certaine prudence dans l’usage de la parole publique, dès lors qu’il s’agit justement des membres de ce peuple martyr, victime s’il en est de l’hypernationalisme turc ?

Mais l’idéologie de ces associations, qui se font volontiers les relais de la politique d’Ankara, n’est visiblement pas de nature à s’encombrer de ce genre de considérations. D’autant plus que l’homme à abattre est un élu qui s’est personnellement et courageusement impliqué pour la déclinaison et l’application aux Arméniens qui en ont été longtemps privés, des valeurs et principes immanents aux droits de l’homme. Ainsi en est-il de son engagement en faveur de la loi Boyer, que lesdites associations lui reprochent d’avoir votée. Mais qu’est-ce que ce texte, sinon la protection de l’humanité contre le négationnisme touchant justement au premier « crime contre l’humanité », désigné comme tel le 25 mai 1915, dans une déclaration commune signée par la France, la Russie et l’Angleterre ? Bien que bénéficiant de son assentiment, cette incrimination n’est cependant pas l’oeuvre du seul et unique Patrick Devedjian. Elle a été majoritairement votée par l’Assemblée nationale et le Sénat. Et tout en étant présentée par l’UMP, elle a été soutenue par les groupes socialistes de ces deux chambres. Quant à son invalidation par le Conseil Constitutionnel, elle ne repose que sur un vice de forme juridique. Une décision que François Hollande se propose de dépasser en soumettant dans les meilleurs délais un nouveau projet gouvernemental, de même nature.

Faut-il également rappeler que c’est le principal parti de la majorité présidentielle, dont se réclame Julien Landfried (membre pour sa part du MRC de JP Chevènement, élu de Belfort), qui le premier a déposé une loi de ce type, et ce par deux fois en 2006 à l’Assemblée nationale, ainsi qu’au Sénat le 4 mai 2011. On peut comprendre, tout en le regrettant, que M. Landfried se situe contre les engagements historiques de sa majorité sur ce point. Mais qu’il tente pour se faire élire de tirer bénéfice des sentiments racistes prêtés à une partie de son électorat, relèverait en revanche d’un opportunisme confinant au cynisme.

En ne se désolidarisant pas d’un soutien par défaut, fondé essentiellement sur le rejet de l’origine arménienne de son concurrent, M. Landfried prendrait la responsabilité de manifester une complaisance coupable envers une manipulation aussi odieuse qu’indigne du corps électoral.

Et que dire de l’accusation portée contre Devedjian d’avoir plaidé en faveur des membres emprisonnés de l’Asala ? Depuis quand essaie-t-on en République d’entacher ainsi la réputation des avocats au motif des délits reprochés à leurs clients ? Faut-il rappeler que les droits de la défense constituent un rouage essentiel de la démocratie ? Ferait-on le grief à Maitre Henri Leclerc, président honoraire de la ligue des droits de l’homme, ou à Maitre Jean-Pierre Mignard, affilié au comité directeur du parti socialiste, d’avoir eux aussi « défendu  » l’Asala ( plus souvent que Maitre Devedjian NDLR). Le soupçon qu’on tente ici de faire peser sur l’avocat s’appuie sur ses origines. Il procède à la fois du racisme et d’une conception fascisante du fonctionnement de la justice.

Cette affaire en dit hélas long sur les tentatives d’embrigadement nationaliste de la « communauté franco-turque » de France par Ankara. Elle s’inscrit dans la logique du meeting tenu par le sinistre Erdogan, le Premier ministre turc, au Zénith à Paris le 11 avril 2010, dans lequel il demandait aux « Turcs en France à s’intégrer, mais à ne pas s’assimiler », « l’assimilation  » étant dénoncé comme un « crime contre l’humanité ». Et l’intégration étant justifiée comme un moyen de peser sur la politique des pays d’accueil européens. Rien de moins. Quant à la défense de l’identité turque, qui ne semble pas trop mal se porter ( la Turquie fait partie du G20 et est la 16e puissance mondiale), doit-elle nécessairement encore et toujours en passer par la stigmatisation des Arméniens ? Et ce jusqu’en France, 98 ans après le génocide, là où les rescapés de l’entreprise d’extermination ont trouvé refuge ?

Qu’à ce jour la réponse de l’état turc au combat des fils et des filles des victimes de cette tragédie continue d’être le négationnisme international, témoigne d’une complicité évidente envers les assassins de 1915. Mais qu’on tente aujourd’hui, sur le territoire de la République, d’enrôler des Français dans cette funeste croisade au motif qu’ils ont des origines turques, est particulièrement révélateur de la persistance d’une dynamique criminelle, dont d’aucuns, par opportunisme politique, voudraient semble-il tirer profit au nom leurs ambitions électorales. Tout ceci est éminemment dangereux. Contraire aux principes de la République et accablant, notamment à l’heure où les intellectuels turcs et la société civile de ce pays commencent à dénoncer à Istanbul même la mise à mort du peuple arménien et tentent enfin de s’affranchir de sa terrifiante logique.

Ara Toranian

Ci dessous le communiqué diffusé par Turquie-News et Civic

APPEL A VOTER

Les Franco-Turcs habitant dans le département 92, des Hauts-de-Seine (Antony, Bourg la Reine, Châtenay-Malabry et Sceaux) sont invités à voter massivement pour Julien LANDFRIED, candidat du Parti Socialiste (PS) lors des élections législatives partielles qui auront lieu le dimanche 9 décembre et 16 décembre 2012.

Le candidat adverse n’est autre que Patrick Devedjian (UMP), le plus turcophobe des politiciens français qui a fortement soutenu le projet de loi “Boyer“ relatif à la « pénalisation de la négation du génocide arménien » qui a été rejeté par le Conseil Constitutionnel. Patrick Devedjian a été notamment l’avocat officiel de l’ASALA, une organisation terroriste qui a mené des actions dans les grandes capitales européennes contre la communauté turque. Plusieurs dizaines de diplomates et civils turcs, français et étrangers ont été lâchement assassinés au nom de la “cause arménienne. Si vous avez des proches ou des amis vivant dans les Hauts-de-Seine (92), informez-les et encouragez-les à aller voter. Mobilisons-nous. Il est temps d’agir et non de subir !

Réponse de M. Julien Landfried le 6 décembre :

A l’attention de M. Ara Toranian :

Monsieur le Directeur,

J’apprends par votre site en ligne non seulement votre réaction mais la prise de position politique d’un organe d’origine turque. Je dois vous dire mon effarement, comme a pu l’exprimer par ailleurs mon suppléant, l’historien Denis Peschanski, devant l’instrumentalisation de l’histoire dans un débat de politique nationale. Je me limiterai à faire ce constat et à rappeler ce qui est pour moi une évidence : je souhaite que le génocide arménien soit reconnu par les autorités turques, ce qui, d’abord, serait justice, et qui, ensuite, faciliterait l’approfondissement des liens entre la France, l’Europe, la Turquie et l’Arménie. Il me semble que des pas en ce sens sont à noter, comme le révèlent les contacts entre les autorités de ces deux derniers pays, mais il faut aller plus loin. C’est la voie de la sagesse et c’est celle de la justice pour votre peuple qui a connu cette tragédie.

Soyez convaincus que, pour ma part, je ne développerai aucune stratégie électoraliste pour rallier telle ou telle communauté. Il faut s’inscrire dans les valeurs universalistes héritées de la Révolution française et de la Résistance. C’est ce qu’on compris les Arméniens qui, échappant au génocide, ont apporté à la France autant que ce qu’elle leur a donné en les accueillant. Je pense, parmi bien d’autres, à la figure du poète Missak Manouchian qui fut un héros de la résistance française et au combat duquel mon suppléant, Denis Peschanski, a consacré plusieurs ouvrages et un documentaire.

Alors, évitons d’abaisser le débat politique par une vulgaire instrumentalisation communautariste. Je suis sûr que vous saurez garder la distance qui s’impose avec les principaux protagonistes de cette élection.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le directeur, mes salutations distinguées.

Julien Landfried Candidat PS-MRC-EELV-PRG 13ème circonscription des Hauts-de-Seine http://www.landfried2012.fr/ @landfried

jeudi 6 décembre 2012,
Ara ©armenews.com


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