Nouvelles d'Armenie    
Le fils du marchand d’olives
Un film de Mathieu Zeitindjioglou


Zeitindjioglou. Un nom (« marchand d’olives » en turc), celui de Matthieu, mais surtout, une histoire, celle de la recherche de ses origines arméniennes, et de son film, L’histoire du fils du marchand d’olives. Un long-métrage qui mêle animations et documentaire sur le négationnisme de l’Etat turc aujourd’hui. Si Matthieu a fait ce film, c’est d’abord à cause de son histoire personnelle. Lui, au nom imprononçable qu’il a vécu « comme un vrai cauchemar » car, Français d’origine arménienne qui doit toujours se justifier de ne pas être turc. Ce nom est surtout lourd à porter parce qu’il lui vient de son grand-père, Garabed, un arménien originaire de Turquie qui a réussi à fuire le génocide grâce à son patronyme turquifié, pour finalement s’installer en France. De ses origines arméniennes, il connaît peu de choses en dehors de cela.

En se mariant avec Matthieu, Anna a hérité de ce nom à l’histoire chargée de sens. Et c’est tous les deux, pour leur voyage de noces en 2008, qu’ils sont partis enquêter en Turquie, caméra au point, sur les traces de l’ancêtre arménien et de la tragédie de 1915. « Je voulais actualiser la réalité du négationnisme turc », explique le réalisateur. Pour une fois, son nom à consonnance turque lui sert d’alibi et l’aide à délier les langues sur la vision qu’ont les Turcs du génocide. Un roadtrip d’un mois à travers le pays, marqué par des rencontres mais aussi par des visitesdans les musées comme celui d’Ani, terre ancestrale du peuple arménien, qui n’y fait même pas référence. Un voyage non sans risques, dans un pays où parler des massacres d’Arméniens comme d’un génocide est sévèrement puni par la loi.

En ressort plus de 60 heures de rushes et un constat amère : « Les Turcs ne connaissent pas le génocide arménien. Même les gens les plus ouverts et les plus éduqués nient ce qui s’est passé. Finalement, le négationnisme c’est une continuation du génocide où l’on fait tout pour effacer les traces », déplore Matthieu. Anna, originaire de Pologne, a elle aussi été marquée par la mécanique négationniste. « En Turquie on ne questionne pas ce qui est officiel. Dans mon pays, même sous la dictature, nous ne croyions pas tout ce qu’on voulait nous faire avaler », compare-t-elle.

Résultat, plus qu’une enquête, c’est un témoignage intime que rapporte le couple. C’est pourquoi, le long-métrage a plusieurs niveaux de lecture. « En fait, dans le film, il y a trois regards différents sur le négationnisme, explique Matthieu. D’abord, le dessin animé qui montre le point de vue intime du fils d’immigré qui se pose la question de son identité à travers le conte de son voyage initiatique. En parallèle, c’est notre voyage. Moi, filmant Anna qui porte la réalité de l’expérience en Turquie. Enfin, le regard de notre couple qui tente d’aller plus loin dans la compréhension des faits, à travers la préparation du voyage, les interviews d’historiens à Paris... »

Pour l’heure, le film n’est pas encore terminé. Réalisation, direction artistique, montage, tout est fait maison. Même les dessins sont de lui. Matthieu est aussi assisté, notamment de Thomas Rio pour le scénario. Bref, peu de moyens, mais beaucoup d’ambition. « Je recherche actuellement des producteurs. Je pense que ce film peut avoir une vie en festival, en salle et même à la télévision. » Une première ébauche a déjà été présentée à la communauté arménienne de Cracovie, en Pologne. « Nous avons eu de bon retours. C’était très touchant, certaines personnes avaient les larmes aux yeux », raconte Anna. Zeitindjioglou. Finalement, ce nom, Matthieu ne le vit plus comme une malédiction. Au contraire, face à ceux qui lui rétorquent que son histoire n’a jamais existé, il le dresse comme une « preuve » de 1915, une trace qui restera indélébile.

mercredi 11 août 2010,
Marion ©armenews.com

D´autres informations disponibles : Le site du film


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