Nouvelles d'Armenie    
Claude Manoug Atamian
Ah, les braves gens !


C’est par cette exclamation passée dans l’Histoire que le roi de Prusse Guillaume, lors de la Guerre de 1870, exprima son admiration en assistant à la charge de la cavalerie française qui se sacrifiait pour rompre l’encerclement ennemi. Le courage de ces militaires est bien caractéristique de cette « Furia francese » que l’on peut observer au cours des siècles et qui fait partie de la grandeur de ce pays unique. Mais cela se passait pendant la désastreuse guerre franco-prussienne, pourtant déclarée par la France « d’un cœur léger », selon le mot du chef du gouvernement de l’époque, malgré l’impréparation totale de l’armée en dépit des rodomontades de l’état-major, et face à une organisation militaire méthodique du côté allemand. Le résultat en fut la perte de l’Alsace-Lorraine, l’une des causes de « la nouvelle Guerre de Trente ans 1914 -1945 », mais aussi la survenue de la Troisième République. A ce sujet, on peut constater que la naissance et la mort de chacune des cinq républiques françaises est toujours liée à des évènements tragiques : invasion ennemie, défaite militaire, ou crise majeure comme la Guerre d’ Algérie qui ramena au pouvoir le Général de Gaulle en 1958 et permit la fondation de la Ve République. C’est pourquoi je trouve absurde le désir insistant de certaines vedettes politiques actuelles exigeant de passer « à froid » à une sixième république. A moins de souhaiter un nouveau 1940, ils peuvent toujours attendre...

Pour moi qui appartient à la première génération des Arméniens nés en France, donc issue de la génération des rescapés du génocide ( dans le cas de ma famille, il faut plutôt parler, et pour mon père et pour ma mère, d’une catégorie moins connue, celle des EXEMPTES DE GENOCIDE, je m’en expliquerais un jour ), donc avec une double appartenance par le cœur, la langue et la mentalité, puisqu’ éduqués au sein des écoles de la République, mais « en même temps » au contact des gens du « Yerguir » et de leur douleur, c’est en tant que citoyen français concerné mais aussi avec un regard « extérieur » que j’observe les évènements surprenants - et pour moi jouissifs - et le chamboulement que nous vivons ces jours-ci, tout en y prenant part : oui, je l’avoue, j’ai voté ! Les coups de théâtre sont quotidiens et c’est une mini Révolution Française pacifiée qui est en cours, et sous certains aspects, comme dirait Jacques Chirac, abracadabrantesque et qui peut faire pschitt...En tout cas, ce à quoi nous assistons traduit sans doute un nouvel épisode de l’Histoire du peuple français, qui a montré dans le passé qu’il pouvait être étonnant et imprévisible, doué pour la grandeur et le génie mais baissant parfois les bras, en résumé, capable du meilleur et du pire.

L’Histoire est l’une de mes passions, mais aussi dans un tout autre domaine le football, du moins en ce qui concerne les grandes compétitions. En octobre 1973, je me trouvais par hasard à Erevan lors de la retransmission depuis Moscou de la finale de la Coupe de l’URSS entre Ararat et Dynamo Kiev. Le célèbre attaquant Blokhine inscrivit un but en début de partie, le match semblait plié, mais à la 88ème minute Ichtoyan égalisa, d’où prolongation. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la TV soviétique n’avait pas prévu une telle éventualité ! Et c’est par la radio qu’on apprit qu’Ichtoyan doublait peu après la mise et assurait la victoire de l’équipe d’Ararat déjà championne de l’URSS. La jeunesse d’Erevan déferla alors pendant toute la nuit dans les rues de la ville en exprimant sa joie et en hurlant des airs patriotiques. Je me souviens en particulier de l’accordéoniste rayonnant de bonheur qui jouait et chantait : Hay enk menk, Hay enk menk, Guiliguiatsi yev Vanetsi Hay enk menk ...

Comme j’aime bien déceler des analogies entre différentes périodes de l’Histoire, il y en a une qui m’a depuis longtemps sauté aux yeux et qui concerne justement le comportement totalement à l’opposé des Français lors de chacune des deux Guerres mondiales et ... pendant les deux Coupes du Monde de Football de 1998 et 2002 ! Cela relève de la psychologie collective de la Nation selon les circonstances, que ce soit celle de ses dirigeants ou celle de ses athlètes, donc aussi bien lors de la guerre qu’à l’occasion d’une compétition sportive majeure, car dans les deux cas l’honneur national est en jeu. Concernant le ballon rond, jeu souvent violent mais non mortel et le sport le plus populaire et le plus pratiqué sur la Terre, ne dit-on pas à son propos qu’il vaut mieux que les peuples s’affrontent sur un terrain de football que sur un champ de bataille ? Aussi, pour convaincre le lecteur de cette troublante analogie, je vais inscrire ci-dessous, en vis-à-vis dans deux colonnes, les évènements militaires et footballistiques comparables que j’ai évoqués plus haut, en faisant l’impasse sur nombre d’entre eux, car il y a pléthore de faits pour conforter ma thèse.

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L’historien de l’Ecole des Annales Marc Bloch qui vécut les évènements de la Guerre de 1940 parlera de « l’étrange défaite » et rédigera un livre sous ce titre. Je ne me souviens pas des commentaires des journalistes sportifs à propos de la « Grande catastrophe » de 2002. Ce qui est curieux, c’est de constater que le même parcours aux antipodes s’est à peu près reproduit lors des Coupes du Monde de 2006 et 2010, hormis le ratage d’un deuxième titre « grâce » au « coup de boule » de Zidane lors de la finale contre l’Italie. Au final, je laisse les spécialistes plus compétents que moi en matière de psychologie des peuples d’analyser les tréfonds des mentalités à la base de mes constatations.

Quoiqu’il en soit, un nouveau Président, jeune et dynamique, vient d’être brillamment élu et je souhaite son plein succès pour la France, sans oublier le renforcement des relations franco-arméniennes, comme Emmanuel Macron l’a affirmé le 24 avril dernier en s’adressant « aux Arméniens de France et aux Français d’origine arménienne ».

Claude Manoug Atamian

18 mai 2017 .

lundi 22 mai 2017,
Stéphane ©armenews.com


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