algré
tous ces signaux inquiétants, les choses bougent en Turquie, et on assiste à
un mouvement certes encore limité, mais qui était, il y a une vingtaine ou
même une quinzaine d´années, totalement inimaginable. Ainsi, la maison
d´édition stambouliote Belge a eu le courage de publier les traductions
turques de plusieurs livres considérés comme compromettants, tels celui
de Yves Ternon ou Les quarante jours du Moussa Dagh de Franz Werfel. Des pétitions
d´intellectuels turcs ont circulé, demandant à Ankara de
reconnaître les faits du passé. Des journalistes turcs ont écrit
des articles en ce sens dans divers organes de presse occidentaux. Un historien turc,
Taner Akçam, est l´auteur de plusieurs ouvrages sur le génocide, en turc,
en allemand, en anglais. à Istanbul en janvier 2005, une exposition de cartes
postales arméniennes a obtenu un gros succès. « Quand la Turquie
redécouvre sa mémoire arménienne », titrait à cette
occasion le quotidien français Libération : l´édifice se
lézarde bel et bien.
Le quartier arménien de Eskichéhir (Anatolie
occidentale) en 1906 : une des cartes postales de
l´exposition d´Istanbul en 2005
Les dirigeants turcs vont jusqu´à
évoquer la nécessité d´une confrontation entre historiens
pour « établir la vérité ». C´est bien entendu un
piège, car l´accepter reviendrait à admettre que les faits sont
encore sujets à discussion. Une des conséquences serait l´arrêt
du processus en cours des reconnaissances du génocide par les différents
états. Là encore il s´agit toutefois d´une nouveauté
dans les propos par rapport au tabou de rigueur jusqu´ici : les autorités
turques reconnaissent ainsi que leur version de la réalité est sujette
à discussion.