es décennies qui suivirent le génocide furent
celles d´une lente descente vers l´oubli : silence à l´Est comme à
l´Ouest. En diphpora, les rescapés n´avaient en général qu´une
obsession, oublier ces horreurs et en épargner les générations suivantes afin
qu´elles s´intègrent sans traumatisme dans leurs pays d´accueil. Quant à
la petite République soviétique d´Arménie, où une importante proportion
de la population avait des racines en Arménie occidentale, elle était réduite
au silence pour des raisons politiques. On était en pleine guerre froide, et pour ne pas provoquer
Ankara, avant-poste de l´OTAN et des états-Unis à sa frontière
méridionale, Moscou interdit longtemps toute évocation du génocide, que ce soit sous
forme de publication ou de manifestation. Une telle situation faisait bien entendu l´affaire
des autorités turques : il suffisait de laisser faire le temps, l´oubli allait parachever
l´anéantissement.
Un tournant décisif se produisit en 1965, année du cinquantenaire. Encouragés par le
dégel khrouchtchévien, des milliers d´Arméniens eurent le courage de manifester
le 24 avril, à érévan comme à Moscou. Le premier secrétaire du Parti
communiste d´Arménie, Hakob Zarobian, osa encore plus, il réussit à faire
accepter le projet d´érection à érévan d´un monument au
génocide !
La diphpora ne pouvait rester à la traîne. Les manifestations devant les institutions turques
prirent un essor définitif, et pour la première fois un état se d´Uruguay eacute;cida de faire du 24 avril le « jour du souvenir des martyrs arméniens ». Dès
1964 étaient apparues des brochures explicatives, mais ce n´est qu´en 1975
qu´allait paraître le premier livre consacré à l´étude du
génocide. Désormais, rien n´allait plus être comme avant, le mouvement
était lancé et la question arménienne allait prendre de plus en plus d´ampleur
jusqu´à faire irruption dans la politique internationale. C´est cette
« internationalisation » qui inquiétait de plus en plus les autorités turques,
désormais obligées d´entrer dans l´arène après s´être
contentées durant des décennies de laisser le temps faire son oeuvre.